Bear : Entretien avec Monsieur Ours 2018

Mince, imberbe, blond… une élection essaie de casser les stéréotypes.

Ils sont des millions à ne pas ressembler aux CoverBoys de Têtu ou Garçon Magazine et sont de plus en plus décidés à se faire entendre. Plus de visibilité, plus d’associations, plus de bars, plus d’applications, les bears, ces hommes velus et/ou en rondeur n’ont pas encore leur magazine dans les kiosques mais ils ont leurs élections.

A travers la France, l’Europe et le monde, des associations élisent leur Bear ou Ours. En France, il existe presque autant d’élections que de Région. À Paris, la Fierté des Ours a décidé il y a plusieurs années de créer sa propre élection mais à l’échelle nationale.

Et c’est autour d’un café, à Paris que nous rencontrons le nouveau vainqueur de cette édition qui s’est déroulée au mois de Mai.

Bonjour Julien et merci d’avoir accepté cette entrevue.
Bonjour, merci pour l’invitation.

Tu es le nouveau Monsieur Ours 2018, peux-tu nous en dire plus sur toi ?
Je m’appelle donc Julien et j’aurais 40 ans à la rentrée. Dans la vie, je suis chef de cuisine de métier et de passion. Célibataire au passage, si ça peut aider. (rire).

Si ça peut aider, ne te prive pas. Et tu habites où en France ?
Je suis né à Paris et j’habite à quelques kilomètres de la capitale. Je donne mon adresse aussi ? (rire).

Pour les courriers des lecteurs c’est ça ?
Oui.

Peux-tu nous parler un peu de ton titre, Monsieur Ours.
J’ai découvert Monsieur Ours à l’élection l’année dernière. J’ai découvert également que ce n’était pas grave d’être gros ou poilu quand tu es gay. C’était même cool. Entre nous il n’y avait pas de jugement.

Entre nous ?
Entre personnes “Bear”. C’est sécurisant, c’est réconfortant. Et il y a de très belles personnes parmi les bears. Je ne me trouvais pas beau l’année dernière. Et j’ai vu qu’il y avait des mecs gros comme moi et qui étaient très beau, donc c’est réconfortant.

Comment se passe l’élection ?
C’est un concours en trois temps. Tu envoies d’abord tes photos, trois de mémoire. Puis ensuite tu vois tes photos sur Internet parmi 23 autres candidats. Les internautes votent. Huit sont sélectionnés pour la finale à Paris.

Tu t’es plus affirmé et accepté grâce à l’élection de l’année dernière où tu étais spectateur ou celle de cette année où tu étais candidat ?
Alors la petite graine a été plantée l’année dernière où des amis m’ont dit si tu te présentes tu gagnes obligé. Je me suis donc inscrit en me demande ce qu’il pouvait se passer si je gagnais ou perdais. Puis je me suis lançais. Je ne l’ai pas fait pour gagner mais pour l’aventure. Mais je l’ai fait surtout pour les autres qui sont peut être comme je l’étais dans le passé. C’était un message pour leur dire “voyez les gars, si je peux le faire, sachez que tout le monde est capable de le faire. Pour moi ce n’était pas un concours de beauté dans l’absolu mais plus un message à faire passer. Il faut arrêter de se trouver moche parce qu’on est gros et poilu.

C’est ça être bear ? Mais c’est quoi pour toi la définition de bear ? poilu ? gros ? gros et poilu ?
Je pense que c’est plus un état d’esprit dans un corps que le corps en lui même, surtout quand on est discriminé par certains gays. La culture du corps chez l’homosexuel est très présente. Ou via les publicités où il te montre une vision de la beauté : sans poil ou musclé. Or ce n’est pas vrai car on est toujours le moche de quelqu’un mais aussi le beau de quelqu’un.

Ça fait maintenant plusieurs semaines que tu as été élu. Pour Miss France, c’est faire la tournée des marchés de France. Pour toi c’est quoi ? Quelles sont tes missions ?
Monsieur Ours c’est des entrevues comme aujourd’hui. Deux ou trois demandes pour des shootings photos notamment pour une campagne de lutte contre le SIDA. Elle est organisée par l’un des sponsors de l’élection, l’application de rencontre Hornet. J’ai souvent vécu avec des conjoints séropositifs, c’est donc pour cela que j’ai tout de suite dit oui. Si Monsieur Ours peut aider dans la sensibilisation contre le SIDA, pourquoi pas.

Il existe de nombreuses élections d’Ours en France. Quel est le lien entre eux et toi ?
Écoute, quelques jours après l’élection, un gars de Montpellier me contacte et me demande si je pouvais le coacher pour l’élection des Ours Occitanie. Il avait aimé mon show et ma personne. J’ai dit oui. J’ai été ensuite invité à remettre l’écharpe au vainqueur de cette élection.  Voilà, c’est cette ouverture que j’aime et c’est ça le lien entre nous tous.

Tu parles d’ouverture mais à Paris, nous avons du mal à voir cette ouverture. La semaine des Ours est pilotée par les Ours de Paris en partenariat exclusif avec le Bear’s den sans aucun partage avec les autres bars Bears de la Capitale. Côté ouverture, on a connu mieux non ?
J’ai envie de te dire que celui qui ne fait rien n’a rien et celui qui fait quelque chose se fait toujours critiquer. Ce qui compte est de faire avancer la cause. Les Ours de Paris font des choses avec le cœur. Il y a toujours des choses à améliorer quoique nous faisons, des axes d’ouverture par exemple. Je ne connais pas assez le milieu bear  parisien pour savoir s’il y a autant d’établissements parisiens impliqués pour la cause Bear. L’association existe depuis très longtemps tout comme le Bear’s den et je pense qu’à cette époque, il n’y avait pas les autres établissements.

Quelle est ta vision future pour cet évènement, va-t-on vers une élection de Monsieur Ours comme celle de Miss France par exemple avec une élection locale puis nationale et européenne ?
Ce que j’ai compris c’est qu’il existe plusieurs élections locales. Or pour Monsieur Ours, il n’y a pas d’élection locale. Après ça peut être un axe de collaboration entre les différentes associations. Il me semble qu’en France, ces associations sont assez unies entre elles pour la même cause. Peut être que dans 20 ans, nous aurons mis un coup de pied au cul à Miss France et c’est nous qui passerions sur TF1. (rire).

Merci à toi d’avoir accepté cette entrevue.
Merci à toi également de m’y avoir invité.

Crédit image : Julien / CERF

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