Cinéma : Hertstone – un été islandais.

Le film gay ultra-récompensé de Guðmundur Arnar Guðmundsson sort ce mercredi dans les salles obscures.

Synopsis :

Un village isolé de pêcheurs en Islande. Deux adolescents, Thor et Christian, vivent un été mouvementé. Tandis que l’un tente de conquérir le cœur d’une fille, l’autre se découvre éprouver des sentiments pour son meilleur ami. À la fin de l’été, lorsque la nature sauvage reprend ses droits sur l’île, il est temps de quitter le terrain de jeu et de devenir adulte…

Récompenses :

Le film a reçu différentes récompenses à travers le monde :

  • Grand Prix du Jury,
  • Prix du Public et Prix Erasmus à Angers,
  • Prix Spécial du Jury et Prix des Étudiants à Annonay,
  • Prix du Jury à Thessalonique,
  • Meilleur Film à Chicago,
  • Meilleur Réalisateur à Varsovie,
  • Meilleurs Acteurs à Marrakech.

Pourquoi un tel palmarès ?

La réponse pourrait venir du réalisateur. Guðmundur Arnar Guðmundsson explique que Hearstone est basé sur sa propre expérience en tant qu’adolescent. L’intrigue se déroule dans un petit village de pécheurs. Le spectateur peut alors facilement s’identifier au personnage. Car pour une fois, l’histoire se déroule en dehors des centres villes.

Entretien avec le réalisateur :

A quel point le film HEARTSTONE est-il proche de votre adolescence ?

Une partie du film m’est vraiment proche, et j’ai construit les personnages à partir de ma propre vie, de ma famille et de mes amis. Mais, peu à peu, pendant la phase d’écriture, les personnages ont commencé à prendre le dessus et à se développer pour acquérir leur individualité propre.

Le conflit central de HEARTSTONE est fictionnel. J’aime cette façon de travailler : commencer sur une base qui m’est familière, jusqu’à ce que l’histoire développe sa vie propre. En écrivant le scénario, j’avais souvent la sensation d’être dans une maison remplie d’adolescents, et que chacun me guidait avec son comportement. Je n’étais pas le maître du monde que je créais, plutôt un participant.

Puis, au moment de tourner la toute première scène, quand j’ai senti l’odeur de l’essence, de la mer et du poisson mort tout autour de moi, ça m’a procuré une joie immense, parce que j’avais oublié la réalité de ses sensations. J’étais redevenu adolescent.

Comment Thor et Christian ressentent la difficulté, mais aussi l’excitation, qui accompagne ce passage de l’enfance à l’âge adulte ?

HEARTSTONE évoque à la fois la perte de l’innocence et la quête d’identité. Le film a une fin heureuse, et les personnages finissent par se trouver, même si les événements prennent une tournure tragique avant d’y arriver. C’est un processus qui impose de perdre quelque chose de beau qu’on ne pourra jamais retrouver.

Je pense que pour beaucoup d’enfants qui entrent dans l’adolescence, les changements qui s’opèrent dans leur monde et dans leur vie laissent une cicatrice qui ne s’efface jamais vraiment. Mais en même temps, s’ils ont de la chance et s’ils restent honnêtes avec eux-mêmes, ils peuvent finir par découvrir qui ils sont vraiment, et avoir un pouvoir de décision sur leur vie.

En quoi le fait que le film prenne place dans un petit village est-il si important dans les relations entre les personnages ?

Le fait que l’histoire se déroule dans un petit village joue un rôle primordial dans le conflit intérieur de Thor et Christian, les deux personnages principaux. Ils ont tous deux un secret qu’ils veulent à tout prix cacher. Thor n’a pas encore atteint la puberté, et Christian doit faire face à sa propre sexualité. Comme je voulais éviter d’exposer ces problématiques au moyen de dialogues trop explicatifs, j’ai fait en sorte que le public comprenne par lui-même à quel point ces adolescents vivent dans une société où sortir du lot n’est pas une option envisageable. Où une fois que votre secret est exposé au grand jour, il change à jamais la façon dont tout le village vous perçoit.

Je pense que dans tous les pays et dans toutes les communautés, il y a des personnes qui répandent des rumeurs, et dénigrent les autres dans leur dos. Que ce soit dans les salles de classe ou au bureau. La grande différence quand vous vivez dans un petit village, c’est que vous ne pouvez pas y échapper lorsque vous quittez l’école ou le bureau, la rumeur vous suit partout. Le seul endroit où vous pouvez vraiment être libre, c’est dans la nature, loin des autres et de la société.

Lorsque vous grandissez en Islande, la nature joue forcément un rôle important dans votre vie. Pour moi, la nature a toujours été un moyen d’échapper à mes soucis. Quand je déprime, je me tourne vers les montagnes, je sens leur énergie, et elles me rappellent que mes petits problèmes n’ont aucune importance à l’échelle de la nature. C’est un endroit où je vais chercher le bonheur et la liberté, et Thor et Christian font de même. Je parle rarement de mes sentiments dans la vie de tous les jours, mais je parle d’eux avec les montagnes, les arbres et le ciel. Il existe une vérité de la nature. C’est une source de joie, mais elle a également le pouvoir de tout reprendre.

A votre avis, les enfants et les adolescents du film sont-ils plus ou moins libres que les adultes ?

Je pense que par bien des aspects, les enfants et les adolescents du film sont beaucoup plus libres que leurs parents, malgré toutes les restrictions et les pressions que leur impose leur entourage. Quand j’étais adolescent, je ressentais souvent de la pitié pour les adultes que je côtoyais. Leur vie semblait plus difficile, et leur esprit semblait en quelque sorte brisé. Les adultes qui me paraissaient heureux et libres étaient ceux que tout le monde trouvait étranges et évitait en les traitant d’excentriques. Je ne voulais absolument pas grandir, même si je n’en pouvais plus d’attendre de pouvoir prendre le contrôle de ma propre vie.

Les parents du film, et leurs problèmes d’adultes, existent en opposition à la liberté dont jouissent les enfants. Ils sont là comme un avertissement : ils leur rappellent qu’un jour, l’environnement et la pression sociale finiront par les engloutir. Que la réalité des adultes finira inévitablement par contaminer celle des enfants.

Comment avez-vous développé les personnages autour des deux héros ?

Je souhaitais montrer comment chaque relation particulière influence Thor et Christian et a un impact sur leurs conflits intérieurs. J’aime puiser dans les petits détails de la vie, et mes personnages, même mineurs, en font partie.

Avoir des personnages féminins forts est quelque chose de totalement naturel pour moi. J’ai grandi entouré de ma mère et de mes sœurs qui étaient fortes et indépendantes, et elles ont été un modèle pour moi.

Le personnage de Hafdís est inspiré de ma sœur. Elle est une peintre fantastique. Elle a toujours eu un sens de la fantaisie et une connexion particulière avec les créatures mystiques et les marginaux. Enfant déjà, elle les peignait avec beaucoup de tendresse. J’ai toujours été attiré par son art et sa façon de regarder la laideur. La mythologie a été un élément important de notre éducation. Les créatures, les elfes et les démons ont toujours été là. Mes rêves ont aussi joué un rôle très important dans mon processus créatif. Ils m’ont guidé de la meilleure façon possible.

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