L’Afrique autrement…

Rafiki, sélectionné dans "Un Certain Regard".

C'est aussi à cela que sert le Festival de Cannes, donner une visibilité à des films qui dérangent, qui choquent et qui interrogent. Rafiki, de la Kényane Wanuri Kahiu, répond parfaitement à ces trois critères. C'est la première fois qu'un film kényan est projeté à la Croisette, il concourt dans la catégorie Un Certain regard. Une œuvre censurée au Kenya.
La première Kényane sélectionnée par le Festival de Cannes a été longuement ovationnée lors de la projection dans le cadre de la prestigieuse section parallèle Un certain regard. « Rafiki » raconte une histoire d’amour entre deux jeunes femmes dans un Kenya ouvertement hostile à l’homosexualité. La réalisatrice de 38 ans a réussi à bouleverser le public. Son style tout en finesse, la subtilité de la caméra et la timidité du jeu des actrices donnent une force incroyable aux propos esthétiques et politiques du film.
Ce film raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes femmes dans un quartier populaire de Nairobi. L'une est un vrai garçon manqué qui zone avec des mecs, élevée seule par sa mère, la seconde est la fille d'un politicien local.

Le film n'a pas plu du tout à la commission de censure au Kenya. Cette idylle entre jeunes filles choque les valeurs morales et "promeut le lesbianisme" selon les autorités.

Pourtant, il n'y a rien de violent, aucune scène de sexe, ni de nudité dans le film. "Le plus important c'était de montrer une histoire d'amour africaine car on en filme pas assez. J'étais adolescente quand j'ai vu pour la première fois un couple africain s'embrasser à l'écran", explique Wanuri Kahiu.

La réalisatrice kényane souhaite maintenant que son pays évolue. "Chaque jour, vous vous réveillez en espérant que votre pays sera un peu plus progressiste que la veille." Le Kenya aurait pu être fier de voir l'une de ses œuvres en lice en compétition à Cannes, au lieu de ça, la censure de Rafiki est très mal vécu par Wanuri Kahiu, "je me sens comme s’ils avaient violé mes droits en tant qu'artiste, celui de m'exprimer et même celui tout simplement d'avoir une idée". La réalisatrice risque la prison à son retour dans son pays. Et l'homosexualité est passible de 14 ans d'emprisonnement.

Et pour conclure, je me contenterai de citer le président du pays Uhuru Kenyatta qui déclarait encore il y a peu à la télévision que "les droits des gays n'ont pas beaucoup d'importance pour le peuple et l'état Kenyan."

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