Témoignage : La Tunisie LGBTIphobe… et preservatophobe…

… même pour les ressortissants étrangers.

Deux couples binationaux, Français et Mauricien pour l’un, Français et Tunisien pour l’autre, ont fui la Tunisie, qui pénalise l’homosexualité. Revenus à La Rochelle, d’où les deux Français sont originaires, ils souhaitent une aide de la part des services de l’Etat.

Christophe, et son mari Mehdi, et Thierry, avec son compagnon Yoan, tenaient un hôtel à Carthage, au nord de Tunis, depuis 4 ans. En octobre dernier, le service juridique du consulat de France convoque Thierry, et lui apprend que leur arrestation pour homosexualité est imminente.Ils m’ont dit qu’on allait être arrêté très vite, et qu’il fallait fuir la Tunisie très rapidement” raconte Thierry. Il apprend également que leurs téléphones sont mis sur écoute, dans le cadre d’une enquête qui dure depuis six mois, pour prouver leur homosexualité, et organiser leur arrestation de nuit, “c’est à dire pris sur le fait, en flagrant délit” ajoute-t-il.

L’homosexualité est considérée comme un crime en Tunisie.

En quelques jours, ils chargent une voiture avec un maximum d’affaires, et prennent le bateau, direction l’Italie puis la France. Fin octobre, ils reviennent à la Rochelle, d’où Thierry et Christophe sont originaires, et dans l’urgence, sont hébergés par la famille de ce dernier. Ils ont aujourd’hui pris un appartement en colocation.

C’est sûr qu’on aurait pas eu les relations qu’on avait au sein du personnel du consulat, on n’aurait pas été prévenu de cette manière-là” pense Christophe. En effet, certains membres du personnel ont fait partie de leur ancienne clientèle, à l’hôtel. Mais, même si elle leur a permis de fuir avant d’être arrêtés, les couples estiment que l’ambassade a très mal géré la situation, et les a trop rapidement lâché.  “Moi ce que je reproche, c’est qu’il n’y a eu aucun accompagnement dans le départ. Nous sommes partis par nos propres moyens. Ils savaient qu’on avait toutes nos affaires là-bas. Ils savaient qu’on rentrait à La Rochelle“, poursuit Christophe, “le préfet de Charente-Maritime aurait pu être prévenu pour faciliter les procédures.

Mehdi est Tunisien, et Yoan, Mauricien. Les deux Français espèrent que les autorités faciliteront les procédures pour que leurs conjoints, avec qui ils sont soit marié soit pacsé, puissent obtenir le droit de travailler en France. Tous espèrent également pouvoir récupérer leurs biens, ou au moins en partie. Selon leurs informations, leur hôtel a été pillé, et beaucoup de leurs affaires vendues. Et leurs autorisations de séjour sur place supprimées.

En Tunisie, les homosexuels risquent 3 ans de prison…

et tout commence par le “test de la honte”. La Tunisie fait partie des huit pays qui ont imposé ces dernières années un examen anal à des hommes pour vérifier leur orientation sexuelle. “L’usage de ce test forcé est une torture. C’est dégradant, c’est inhumain“, explique Nicholas Opiyo, avocat spécialisé dans la défense des droits humains. En avril 2017, l’ordre des médecins tunisiens s’est opposé à cette pratique discriminatoire et non scientifique. “C’est tout simplement le plus grand mensonge jamais fabriqué dans l’histoire de la médecine. On ne peut pas prouver qu’une personne est gay par aucun de ces examens, pas du tout“, précise Sami Kawas, médecin légiste. Ces dérives sont validées, en quelque sorte, par des lois archaïques. Selon le Code pénal tunisien, l‘article 230, punit la sodomie et le lesbianisme de trois ans de prison. Sur place, plusieurs associations de défense des droits des homosexuels, comme Shams, réclament l’abrogation de cette loi, et la fin de la LGBTphobie qui s’est développée des dernières années en Tunisie. Les associations ont dénombré plus de 60 arrestations pour délit d’homosexualité l’an passé.

Et dans le même esprit ou presque…

Les préservatifs sont dans le viseur de la Banque centrale. Elle veut limiter leur importation. Ils figurent dans une liste de 600 produits de consommation courante que l’institution bancaire juge non essentiels. L’objectif est économique. La Banque centrale cherche à limiter les importations pour relancer l’économie nationale.

Mais le fait que les préservatifs figurent dans cette liste n’est pas une bonne nouvelle en matière de santé publique. D’autant plus que la Tunisie ne fabrique pas de préservatifs. Le risque, c’est évidemment l’augmentation des maladies sexuellement transmissibles dont le VIH. Aujourd’hui, les Tunisiens ne se protègent pas suffisamment. Compliquer l’importation des préservatifs ne peut avoir que des conséquences désastreuses, voilà ce que dit notamment Issam Gritli dans le Huffington Post Tunisie. Il est responsable d’une association de lutte contre le sida.

Pas évident de s’en procurer, les distributeurs de préservatifs sont rarissimes en Tunisie. Pour s’en procurer, il faut aller à la pharmacie. Sauf que lorsqu’on est jeune, pas marié, c’est compliqué. Et puis, le préservatif est bien sûr utilisé comme moyen de contraception. On compte 16 000 avortements en moyenne par an, selon les chiffres officiels.

Une menace en termes de santé publique.

S’il devient plus compliqué de se procurer des préservatifs, leur prix risque aussi d’augmenter. Bon nombre de Tunisiens ne pourront plus se les payer. En plus des maladies sexuellement transmissibles, le nombre de grossesses non souhaitées risque donc d’augmenter.

La situation économique du pays est inquiétante. Les caisses de l’Etat sont vides. Et le déficit commercial atteint des niveaux record. La Tunisie importe bien plus qu’elle n’exporte, au point que la Banque centrale en est arrivée à supprimer les lignes de crédit pour ces 600 produits.

Parmi la liste de produits (officiellement confidentielle) y figurent les amandes, les dattes autant de denrées que la Tunisie produit. Viennent ensuite les nappes et les serviettes de table, pas forcément indispensables. Les préparations pour le défrisage permanents, les déodorants, et puis, on arrive aux produits comme les gants en caoutchouc pour la chirurgie et les préservatifs. Objectif final : diminuer au maximum l’importation de ces articles pour préserver le stock de devises. Mais peut être au détriment de la santé publique.

 

Source : France Info.

Crédit photographique : Stophomophobie.com

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