Certains “Fragments” de Fabien Le Mouël.

Pour répondre en écho à son actualité et afin de compléter son portrait, je vous présente ma rencontre avec Fabien Le Mouël.

Je voulais qu'il nous entraîne dans son intimité.

D'abord, l'intimité de ses écrits. Ses "Brèves de femmes" qui presque de façon errante sont devenues des "Fragments de femmes" sur scène. Le texte est interprété avec succès par trois actrices, Solène Gentric, Alix Schmidt & Cécile Théodore . Le tout mise en scène ou en musique par son ami François Rimbau.

Ensuite, je voulais rencontrer le Fabien comédien. Quel masque de la Comedia dell'arte allait-il porter ? Pourquoi ce choix de profession ? Qu'est-ce qu'il l'a mené à être acteur ? Auteur ? Metteur en scène ? Quels sont ses modèles ? Qui ou quoi le fait progresser dans cette lutte que d'être cet artisan des mots ?

Enfin, parce que nous sommes tous « un peu » voyeurs, que Fabien nous parle de lui intime, de ce qui le touche ou le révolte, ce qui fait sa personne. Qui se cache derrière le nom en bas ou en haut de l'affiche, ou la photo dédicacée en papier glacé.

En bref, demander à Fabien de bien vouloir se mettre à nu sans aucun voile de pudeur.

 Dis nous tout sur tout, Fabien...

Comment sont nées les "Brèves" ?

Il y a quelques années déjà, je m’ennuyais dans un emploi alimentaire. Assis devant un ordinateur toute la journée, je me suis mis à écrire plus de quarante monologues. En les relisant, je me suis aperçu que seules des femmes prenaient la parole. Sur les quarante, j’en ai conservé vingt-cinq pour les relier dans ces « Brèves de Femmes ».

Que veulent nous transmettre ses femmes ?

Que ces moments difficiles qu’elles ont vécus, tout à chacun peut être amené à les connaître : nous ne sommes pas seuls.

Avec mon regard de lecteur, j'ai eu l'impression en les lisant, d'être un voyeur profitant sans retenue, des polaroids d'instantanés de pensées de femmes. J'avais même l'impression que certaines se parlaient à elle même devant leur miroir, soit en s'habillant ou se déshabillant. Comme si nous entrions au plus profond de leur intimité. Me suis- je trompé ?

Je n’aime pas le terme « voyeur ». Cela me fait trop penser à « télé-réalité ». Le terme est trop fort. Je préfère que tu me dises que le lecteur devient le confident de ces femmes.

Et toi, l'auteur de ces mots, qu'as- tu voulu nous transmettre comme message ?

C’est un peu pour moi le prolongement de l’une de tes questions précédentes. J’ai écrit ces propos presque en écriture automatique, sans réfléchir. Et si je voulais transmettre quelque chose, c’est très exactement la même chose que « mes femmes ». Et si cela pouvait être compris comme un peu plus d’ouverture et de considération au monde, aux autres. Oui, c’est bien cela que je voulais transmettre à travers ces instants de vie.

Et de « Brèves » à « Fragments », cette mutation est née naturellement ou par la volonté d'une tierce personne ?

C’est bien après l’écriture qu’est né le spectacle. Chacun des différents membres de l’équipe est responsable de cette mutation. L’idée du mot « Fragments » vient du metteur en scène car je n’étais pas satisfait du mot « Brèves ».

Parle nous du metteur en scène.

François apporte au projet sa sensibilité, son sens de l’esthétique. Nous voulions un spectacle simple, sobre et efficace, centré sur le jeu des comédiennes avant tout.

des actrices,

J’ai la chance d’avoir trois formidables comédiennes. Elles ont des natures très différentes mais sont complémentaires. Elles sont investies et subliment le projet par leur investissement.

 Cette seconde série de représentations diffère- t- elle beaucoup de la première ?

Nous sommes plus dans le sens du détail. Nous recherchons à rendre l’enchaînement des tableaux plus fluide. Cette exigence nous pousse à aller toujours plus loin dans la qualité du travail. C’est faire preuve de respect pour le public, qui a choisi de se déplacer et de venir voir notre spectacle et pas un autre, alors qu’il y a une multitude de spectacles chaque soir à Paris.

Depuis le début de notre échange un mot m’intrigue. Pourquoi préfères tu dire « spectacle » et non « pièce » ?

Bonne question…

On parle avant tout de spectacle vivant. Ce n’est pas une histoire avec des personnages récurrents comme dans une pièce traditionnelle mais une succession d’histoires avec une multitude de personnages.

Revenons un instant, de façon différente, sur le texte. Dans quelle mesure te ressemble-t- il ?

 Cela parle beaucoup d’événements qui me sont arrivés ou qui ont pu toucher mes proches.

Quelle est ta part de féminité ?

Elle vient sans nul doute de mon éducation. J’ai été élevé par une mère et une grand-mère présentes et aimantes.

Ta pièce, avant l'heure, libérait une parole des femmes. Alors, toi, le père de cette pièce, comment vies-tu ce qu'il se passe actuellement autour de cette libération de la parole des femmes, des # "metoo" et "balance ton porc" ?

C’est bien que la parole se libère enfin, en espérant que tout cela ne vire pas à la paranoïa.

Concernant le harcèlement, les hommes peuvent être malheureusement aussi concernés.

C’est une bonne chose que les femmes soient les égales des hommes et inversement bien sûr

Comment es- tu devenu cet homme des arts ? Comme dirait C. Angot était- ce un plan B ?

 (Dans un éclat de rires) Non, chère Christine, être artiste, c’est mon plan Q !

Plus sérieusement, de nombreux parents te poussent à faire des études pour avoir une bonne situation financière. Et un jour, tu es rattrapé par ton besoin d’exister, d’assumer qui tu es et de faire enfin ce qui es bon pour toi.

Le déclic fut ma rencontre avec François Rimbau qui est un ami proche. Avant d’être metteur en scène, il est avant tout comédien. C’est grâce à lui que j’ai osé assumer mes envies artistiques. J’ai d’abord pris des cours en tant qu’amateur plusieurs soirs par semaine. Puis un jour, j’ai poussé la porte du Studio Pygmalion et j’y suis resté plus de deux ans.

As tu des modèles, des personnes que tu as vu et consécutivement tu t’es dit, « c’est çà que je veux faire » ?

Des modèles, non. Des artistes qui m’ont donné envie, oui, beaucoup de comédiennes d’ailleurs. De manière générale, les comédiennes se donnent sans retenue. Elles sont plus passionnées, plus exacerbées. Les hommes sont plus souvent dans la retenue.

 

De toutes les expériences que tu as pu connaître jusqu'à ce jour, laquelle t'a apporté le plus d'émotions et pourquoi : auteur, acteur ou faire de la mise en scène ?

Ce sont des plaisirs, des actes réellement différents. Impossible de choisir entre les trois car ils sont tellement complémentaires.

Les processus créatifs sont totalement différents. Lorsque tu es sur scène, tu mets en jeu ton corps, tu te mets en avant physiquement devant l’autre. Ecrire, c’est un peu le contraire, tu t’isoles, te mets en retrait.

L’apothéose serait peut-être d’écrire, monter et jouer mes propres pièces...

 

Et pour conclure ces instants d'intimité avec nous, que souhaiterais- tu exprimer que tu n'as pas pu dire auprès de notre lectorat ? Quel message veux- tu nous laisser ?

De venir voir le spectacle (rires). J’espère que le public sera au rendez-vous pour venir découvrir les formidables Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore car elles le méritent !

 

Le portrait Chinois de Fabien Le Mouël :

Qui serais tu si tu étais ?

  • un animal : Un chat.
  • un végétal : Une rose.
  • un élément : L'eau.
  • Une ville, un pays ou plus généralement un lieu : Venise.
  • Un sentiment : L'amour.
  • Un livre : "Je l'aimais" d'Anna Gavalda.
  • Un personnage célèbre : Simone Veil.
  • Un vêtement : Un pyjama.
  • Un vice ou un pêché : La gourmandise.
  • Une boisson : Un sirop de violette.
  • Un mot : Pardon.
Merci à Fabien pour le temps passé ensemble malgré les grèves et le temps maussade, nous avons réussi à vivre de jolis instants solaires et intimes.
Merci à David Twist d'avoir joué le paparazzo, d'avoir tenté de nous montrer sous notre meilleur jour et d'avoir su se montrer patient avec nous.

"Fragments de Femmes"  

chaque dimanche à 20 h

du 1er avril au 24 juin à 20h

Au Théâtre des Feux de la Rampe 

 

Crédit photographique : David Twist / Fabien Le Mouël.

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