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Brésil : La peur gagne la rue.

Catégories : Actualités LGBT · Homophobie · Monde

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Comme un cri de désespoir !

Sur son blog Médiapart, Heitor O’DWYER DE MACEDO commence son article par ces trois premiers terribles paragraphes :
C’est un épisode peu connu de la deuxième guère mondiale. Pour retarder l’avancée des forces alliées sur Caen, les nazis ont lancés contre les tanks deux milles petits engins d’un peu plus d’un mètre. Leur nom de code était : les œufs de la mort. Leur petite taille les rendaient indétectables aux radars des blindés qui se désintégraient au contact de ces équipements menus bourrées d’explosifs. La particularité c’est qu’ils étaient conduits par des enfants tziganes entre huit et dix ans. On dit que leur entrainement s’est fait dans la plus grande joie, heureux qu’ils étaient de conduire ces mini voitures. Cet enthousiasme pendant les exercices de préparation, se doit à l’instructeur militaire, excellent pédagogue et une autorité en méthodes comportementalistes.
On ne connaît pas tous les détails des conditionnements qui ont permis que l’objectif de l’opération ait été pleinement atteint : les enfants ont sans hésitation dirigé leurs véhicules contre les chars. La seule information dont on dispose : en prévision de l’action, et pour éviter que les gamins paniquent au moment de l’intervention, un mois avant celle-ci tous ont été rendus sourds par chirurgie. 95% des engins ont percuté les chars et les ont détruits. Tous les petits pilotes sont morts.
Hanna Arendt disait que «l’homme normal ne sait pas que tout est possible. » Mais, depuis presque un siècle, nous n’avons plus de doute, nous savons que l’inhumain fait partie de l’humain, que le pire est une banalité, que la haine et le meurtre peuvent être une méthode de gouvernement.

Et dans une certaine mesure, c’est presque cela qui se passe aujourd’hui au Brésil. L’inhumain a un visage, une voix, un corps. Son nom ? Jair Bolsonaro, candidat à l’élection présidentielle dont le second tour se déroule demain.

Intimidation à l’encontre des Noirs, de la communauté LGBT et des peuples indigènes suscitent une angoisse croissante chez des groupes qui se sentent fragilisés par les discours du candidat Jair Bolsonaro.

Il y a une semaine, W.D., 34 ans, a cessé de marcher main dans la main avec son mari dans les rues de Porto Alegre. Bien qu’ils n’aient jamais été gênés d’afficher leur homosexualité, ils ont pris cette décision après les résultats, le 7 octobre, du premier tour des élections, qui a donné un net avantage au candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro, avec 46 % des voix. «On a senti une réaction très agressive à notre simple existence et on a compris qu’on allait devoir changer d’attitude en public, qu’on ne pourrait plus avoir de gestes de tendresse dans la rue», raconte W.D., gérant d’une société dans l’immobilier. La peur est un sentiment latent chez les communautés LGBT, noires, indigènes, et autres minorités attaquées par Bolsonaro, qui mène la course électorale pour le Planalto [équivalent de l’Élysée en France] et a un long historique de déclarations racistes, misogynes et homophobes à son actif. Son arrivée à la présidence est perçue comme la légitimation de comportements qui dépassent les limites de l’acceptable. En campagne, le candidat a plusieurs fois nié être homophobe ou raciste. Pourtant, ses propos tranchants dans certaines vidéos ne cachent nullement le mépris dont il fait preuve à l’égard de tout ce qui lui paraît différent.

Giulianna Nonato, 24 ans, a toujours eu peur de sortir dans la rue, même avant de devenir travesti. «Avant d’adopter un corps féminin, j’étais une “pédale”, alors ma vie a toujours été marquée par les brimades et la violence», raconte-t-elle à São Paulo. Au cours des dernières semaines, après les cas d’agressions et d’assassinats pour motifs politiques qui ont eu lieu au Brésil, la peur de la jeune femme s’est renforcée. D’après le recensement de Open Knowledge Brasil et de l’Agência Publica, en dix jours au moins deux personnes ont été assassinées et soixante-dix autres ont subi des agressions à cause de leurs convictions politiques. Les chiffres montrent que dans six cas les victimes étaient des supporters de Bolsonaro ; toutes les autres, en revanche, ont été agressées par ses partisans.

«On dirait qu’il y a plus d’ultra-conservateurs sortant des placards que de gays. Du coup j’ai enlevé tous les symboles LGBT que j’avais sur moi et qui pouvaient me porter préjudice», déclare G.G., 16 ans. Si Bolsonaro a regretté les épisodes de violence et affirmé que les agressions sont des «excès» et des «cas isolés», il a aussi dénoncé un «mouvement orchestré» de fausses plaintes ayant pour but de nuire à sa campagne. Pour Maria Laura Canineu, directrice de l’ONG Human Rights Watch au Brésil, «les candidats ne peuvent être tenus pour responsables de tous les actes de leurs partisans. Cependant, ils ont au moins l’obligation de garantir que leurs discours n’incitent pas à la violence. Et lorsque des menaces et des actes de violence se produisent, ils doivent les condamner de façon catégorique». De fait, Bolsonaro en est venu à prononcer des mots plus directs : «Nous refusons le vote et tout rapprochement avec ceux qui pratiquent des actes de violence contre des électeurs ne votant pas pour moi», a-t-il écrit dans un tweet le 10 octobre dernier. Mais à la suite de ce message, il a relativisé certaines accusations en émettant l’hypothèse qu’une partie de ces plaintes étaient de la calomnie. «Je demande à ce type de personne de voter nul ou dans l’opposition, par cohérence, et aux autorités de prendre les mesures adéquates, y compris contre les calomniateurs qui tentent de nous nuire.»

Plus que les agressions physiques pendant la période des élections, Nonato redoute la «violence institutionnelle» d’un possible gouvernement conservateur, qui pourrait modifier ou annuler les droits sociaux garantis par la loi, comme le Protocolo Transexualizador [Dispositif Transexualisateur], qui assure la prise en charge des citoyens trans, y compris pour les thérapies hormonales et les opérations chirurgicales, par le Système Unique de Santé. «Actuellement, nous sommes déjà confrontés à un manque d’hormones et nous devons attendre des mois pour une simple consultation médicale… la situation pourrait empirer», s’inquiète la jeune femme.

Pour la militante Melina Kurin, bisexuelle de 33 ans mariée à une femme trans, la situation suscite «la panique» dans la communauté LGBT. Elle rappelle un passé brésilien de rejet total des trans, au temps de la dictature. À cette époque, l’Operação Tarântula [Opération Tarentule] s’appuyait sur des forces de police qui arrêtaient, torturaient et tuaient les travestis et les transsexuels. Aujourd’hui, les craintes que ces échos reviennent sont grandes. «Les personnes qui posaient déjà sur toi des yeux pleins de haine te regardent à présent comme si tu étais la personnification du mal que Bolsonaro entend combattre. Il se présente comme le sauveur de la patrie, alors forcément ses ennemis deviennent les ennemis du peuple», commente sa femme, la sociologue Leona Wolf, 36 ans, qui compare la situation actuelle au Brésil avec la campagne de Donald Trump en 2016, une période où les agressions racistes et xénophobes ont augmenté aux USA. «Je sais bien qu’ici on n’aura pas de camps de concentration pour homosexuels, comme en Tchétchénie, mais j’ai peur, oui, qu’on connaisse une situation similaire à celle de la Russie sous Poutine», ajoute-t-elle.

Susane Souza, 45 ans, et Camilla Silva, 22 ans, femmes noires de la banlieue, ont eu des crises d’angoisse ces derniers jours. «J’ai peur d’être tuée», résume Silva, tandis que Souza craint pour son fils adolescent : «Je ne veux pas que mon fils soit mis en joue dans la rue, et agressé uniquement pour la couleur de sa peau».

Cette peur de la haine qui a marqué les élections ne se limite pas aux grandes villes. Dans les villages indigènes, des leaders politiques et religieux expriment leur préoccupation devant un possible recul des lois environnementales qui protègent leurs territoires. «Notre principale crainte est qu’il [Jair Bolsonaro] autorise l’extraction minière dans nos réserves naturelles», explique Cristine Takuá, 38 ans, coordonnatrice d’une communauté guarani dans l’État de São Paulo.

Pour la militante indigène Célia Xakriabá, 29 ans, un des dangers majeurs d’un gouvernement Bolsonaro serait le libre accès aux armes à feu dans les campagnes. «Cela ne ferait qu’encourager le génocide des peuples natifs. Ce serait l’un des plus gros chocs qui nous ont touchés depuis 1500. La proposition d’armement des campagnes est déjà très problématique, par exemple pour l’ethnie des Guarani-Kaiowá, dans le Mato Grosso do Sul, où les grands propriétaires terriens vont jusqu’à tuer nos bébés», regrette-t-elle. Elle-même, qui sort toujours avec une grande coiffe de plumes sur la tête et des peintures traditionnelles sur le corps, a été la cible de menaces. «Deux personnes m’ont déjà hurlé que si je continue à sortir dans cet accoutrement, elles enverront quelqu’un pour me tuer.»

Malgré la peur, toutes deux convergent sur l’importance de résister aux «temps sombres» et racontent que plusieurs ethnies indigènes du pays sont en train de s’organiser pour réfléchir à des stratégies de protection et de soutien, ensemble mais aussi avec des peuples natifs de pays voisins. «Nous avons encore de l’espoir. Nous avons résisté il y a 518 ans et nous continuerons à le faire», affirme Takuá.

Giulianna Nonato a la même posture : «On va défendre tout ce qu’on a déjà conquis. Je crois beaucoup en la force des mouvements sociaux». Elle relate des conversations avec des travestis ou transsexuels qui ont subi les années les plus dures du régime militaire et qui lui conseillent de ne pas se laisser paralyser par la peur. Le psychanalyste Christian Dunker, professeur de l’Université de São Paulo, défend que c’est la bonne réaction à avoir.

 

J’espère honnêtement ne pas voir ce monstre arrivé aux affaires même si à l’heure où je relate ces faits et témoignages, il faut bien avouer qu’il a toutes les chances de remporter le scrutin demain. Une leçon à mesurer pour les prochaines échéances électorales en France ?

Crédit photographique : Les internets.

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Par publié le 27 octobre 2018

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