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La discrimination négative…


06 mars 2018 - lemarquis


Dans une tribune du Monde du 04.03.2018, le juriste Daniel Borrillo met en lumière une thèse du sociologue italien Calogero Giametta. Il révèle un biais de la politique d’asile : elle tend à exclure les demandeurs LGBTI alors qu’elle prétend les accueillir.

Cette thèse met en lumière la question de l’asile politique en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre au Royaume-Uni : The Sexual Politics of Asylum (Routledge, 2017, non traduit).

A partir des récits de personnes venant de douze pays différents et en tant qu’observateur participant d’une association d’aide aux demandeurs d’asile, l’auteur propose une analyse ethnographique permettant de rendre aux minorités sexuelles persécutées la complexité de leurs parcours et de leurs subjectivités.

Exclure plutôt qu’accueillir.

Constatant que, outre-Manche, ces demandeurs « sont moins bien traités que celles et ceux de droit commun », l’auteur se ­demande pourquoi : il ne s’agit pas d’insensibilité de la part des agents de l’asile, mais plutôt de la manière dont l’expérience des migrants doit à tout prix s’inscrire dans un discours politique privilégiant la souffrance et le traumatisme à la véritable reconnaissance de sujets politiques détenteurs de droits fondamentaux. Cette idéologie (humanisme, universalisme, conception gay-friendly occidentale) finit par exclure alors qu’elle prétend accueillir.

Tous les pays européens se trouvent confrontés à cette ­situation de par un contexte international tragique. Aujourd’hui encore, 75 pays dans le monde font de l’homo­sexualité un crime. Dans neuf d’entre eux, elle est passible de la peine de mort. La montée des intégrismes religieux augure une détérioration d’ampleur de la situation. Les mouvements évangélistes, l’Eglise orthodoxe russe, l’islam radical et les juifs orthodoxes ne cessent d’inciter à la haine envers les personnes LGBTI.

D’autres Etats n’hésitent pas à se montrer plus “créatifs”, en développant le viol punitif ou le viol curatif, le mariage forcé, l’internement psychiatrique, les thérapies médicales sous contrainte, les violences, le harcèlement et les discriminations sont monnaie courante.

Et en prime, telle en Russie, toute personne peut être persécutée en raison de ses activités « revendicatrices » en faveur des homosexuels.

Les soupçons sans compassion.

Les pays d’accueil font face à une crise migratoire sans précédent dans notre monde post-moderne et tendent à considérer toute demande d’asile comme abusive, voire frauduleuse.

C’est dans ce climat de soupçon que les autorités évaluent les requêtes, analysent les preuves et se font une intime conviction sur la véracité des demandes. Evaluer la crédibilité devient, de surcroît, d’autant plus compliqué que les déclarations proviennent de personnes originaires d’une autre culture, avec d’autres codes de -communication et un système de valeurs différent.

L’homosexualité, telle qu’on la conçoit de nos jours en Occident, ne correspond pas nécessairement au vécu des personnes provenant de ces pays hostiles. En Occident, il existe une certaine « culture LGBTI », même si elle souvent encore trop carricaturée par ses détracteurs, il existe dans sa diversité quelques caractères convergeant. Et elle ne correspond pas souvent à celle des pays d’origine. Cette situation rend la tâche du demandeur d’asile encore plus malaisée : il n’est pas facile d’avouer son orientation sexuelle, et toute hésitation ou pudeur pour parler de sa situation sera perçue comme un mensonge.
C’est pourquoi le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés rappelle qu’il « est essentiel que l’évaluation des demandes fondées sur l’orientation sexuelle et/ou l’identité de genre soit menée avec sensibilité et de manière adéquate par des décisionnaires spécifiquement formé•e•s quant à ces problématiques. Etant donné les difficultés de fournir des preuves au niveau des demandes relatives à l’orientation sexuelle, l’évaluation de ces demandes repose souvent sur la crédibilité de la requérante ou du requérant ».

En l’absence de critères préétablis, la crédibilité du récit va dépendre in fine de l’intime conviction des autorités de l’asile, lesquelles présupposent l’existence de cette « culture LGBTI » lorsqu’elles vont exiger un récit «authentique et cohérent » avec une certaine linéarité, allant de la prise de conscience au coming out et au militantisme… Cette conception du monde empêche de voir d’autres modes de subjectivation LGBTI. C’est le grand défi, aussi bien au Royaume-Uni qu’en Europe : celui de dépasser la représentation traditionnelle des droits de l’homme dans sa version occidentale pour rendre visibles et dicibles d’autres vécus sexuels et de genre.

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