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La fierté des Ours commence le mercredi 29 mai, d’ailleurs ils sont à la recherche de leur Monsieur Ours.


21 mai 2019 - David Chevalier


Parce que « Bear » est trop moche à prononcer*, les français recherche leur Monsieur Ours 2019. Rencontre avec le président de l’association Nicolas Maalouly.

À l’approche de la Fiertés des Ours, inverti s’est intéressé à cet évènement capital concernant la France entière. Cette Fierté des Ours 2019 qui se déroulera du mercredi 29 mai au dimanche 2 juin dans plusieurs endroits de la vie parisienne. Pour décrypter cet évènement, nous avons rencontré le Président de la Fierté des Ours, Nicolas Maalouly.

Bonjour Nicolas et merci d’avoir accepté cette invitation. Pour commencer, peux-tu nous dire pourquoi avoir eu envie d’organiser un tel évènement ?
Le milieu bear a toujours eu l’envie de se regrouper. Les Ours à la base se sentaient en dehors des standards gays. Soit à cause de leurs formes soit de leurs poils. En Espagne ou aux USA, il existe des séjours d’un week-end ou d’une semaine permettant aux Ours de se regrouper entre eux autour de divers évènements.
Nous nous avons eu la même idée, de se retrouver à un moment donné à un endroit. Les concours de beauté : plus belles barbes, plus belles fesses, avaient lieux dans les bars le dimanche soir pour essayer de dynamiser la vie dans ces lieux.
Le but aussi était de trouver un « bear » qui pouvait donner une image positive de lui et de la communauté. Quelqu’un qui se sent bien dans sa peau, qui a pris ou qui a confiance en lui. Quelqu’un qui aime ce qu’il est, c’est à dire un « bear ».
Ces rassemblements ont été poussés par un besoin de retrouver de la confiance en soi et d’assumer et d’aimer son physique.
Moi ce qui m’a aidé, c’est quand je suis sorti au Bear’s Den pour la première fois. J’ai vu des ours qui s’aimaient, qui assumaient leur physique, qui avaient un boulot comme tout le monde et pour qui tout ce passait bien malgré le fait qu’ils soient des ours. J’avais besoin de voir ça et de voir que je pouvais plaire.

Et un Monsieur Ours permet de montrer que nous pouvons ne pas avoir honte de nos poils dans le dos, sur les bras et aussi de ne pas avoir honte de nos formes ?
Je pensais quand j’étais jeune que j’étais trop gros, je passais ma vie à faire des régimes. C’est un peu compliqué mais c’était aussi peut être pour me protéger de la séduction et de ses revers. Et grâce à ces évènements, ces rassemblements, j’ai pris conscience que je pouvais plaire, malgré mes poils. Dans les années 1990 c’était la mode du rasage, il fallait retirer tous les poils, maintenant, je n’en ai plus honte.

Revenons à Monsieur Ours dont l’élection aura lieu dans quelques jours à Paris. La première édition a eu lieu en 2008. Est-ce que le choix d’un Monsieur Ours national était présent dès le début ?
L’idée était de prendre des candidats qui venaient de partout. Il y a eu des groupes en France avec des élections locales : Toulouse, Lille… Mais ce n’est pas ce que nous, l’association des Ours de Paris, voulions faire.

Combien de candidats la première année ?
Environ huit de mémoire. Puis, après une dizaine. Et avec l’émergence d’Internet, nous nous sommes dit que nous pourrions mettre en place une présélection avec plus de candidats. Et la présélection serait faite directement par les internautes.

Comment se font les inscriptions ? Y a-t-il un casting à travers la France ?
Le bouche à l’oreille, les partages Facebook, sur les réseaux sociaux. Dans les bars aussi, il m’est déjà arrivé de dire à un mec qu’il avait le profil pour se présenter à Monsieur Ours en lui expliquant l’association et le concours. Ça permet aussi aux candidats de s’impliquer dans cette campagne. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas des gens qui sont forcément sûr d’eux. Ils doutent de leur physique, de leur capacité à monter sur scène et de faire le show. Et grâce à la fraternité qu’il y a entre les candidats, certains se libèrent de leur timidité, prennent confiance en eux.

C’est un peu le monde des bisounours ce concours ?
Non, certes, il y a eu aussi des fois des tensions entre les candidats. Mais en général, ça se passe plutôt bien entre les finalistes, après la présélection. Et il existe après le concours un vrai lien d’amitié entre-eux.

Le Concours donc, c’est une présélection à une vingtaine sans filtrage et une finale à huit ?
Non, nous filtrons un peu les demandes pour la présélection. Il faut répondre aux critères de Monsieur Ours. Un mince avec peu de poils n’est pas vraiment, pour nos critères de présélection, un candidat pour Monsieur Ours. Il y a quatre critères importants : Poils, barbe, forme et homo.

Bisexuel ça marche ?
Bien sûr. Le but, tout de même est de donner une image à quelqu’un qui est homo. Un Ours c’est compliqué à définir. Nous nous sommes donc réunis pour éliminer quelques candidats car tant mieux, le concours attire de plus en plus de monde. Ce filtrage permet également de préserver certains candidats de critiques comme « Tu n’es pas un vrai Ours parce que tu n’as pas de ventre, tu n’as pas de barbe… »

La présélection se fait sur internet sans aucune intervention de l’association ?
Oui, une fois les candidats présélectionnés, il n’y a que les internautes qui votent pour retenir les 8 finalistes.

Pour la finale, qui vote ? le public ? le jury ? les deux ?
Oui, c’est en partie le public, pour 40% et le jury, à hauteur de 60%. Pour le public, en entrant, chacun a un ticket de vote et il ne peut voter uniquement pour un seul candidat, contrairement aux présélections. Cette année, ça sera au Point Éphémère. L’idée est de trouver une salle avec une vraie scène pour le show.

Pourquoi avoir un jury ?
Le jury a un rôle différent. Il rencontre les candidats et doit les évaluer sur trois choses : la photo faite par un photographe de l’association afin de mettre sur le même pied d’égalité les candidats par rapport à la photo, le show sur la scène et le discours soit durant le show, soit durant l’entretien. Cet entretien est publié en vidéo sur notre page Facebook. Cela évite aussi qu’un candidat puisse gagner uniquement par copinage.

Ce concours se déroule durant la Fierté des Our. Elle se produit chaque année durant la semaine du jeudi de l’Ascension ?
Oui, ça nous permet d’avoir un jour férié dans la semaine afin de facilité la « montée » sur Paris. Ça permet également d’attirer plus de monde durant les activités proposés dans la semaine. Le jeudi, c’est la sortie sur la Seine, sur une péniche. Il y a également plusieurs bars à l’honneur : le Cox, et Le Quetzal. Il y a également une soirée dans un crusing club, ainsi qu’un sauna. Ces partenariats se font essentiellement sur des amitiés et sur le professionnalisme de chacun. Il est vrai aussi que certains choix sont faits aussi pour nous simplifier la vie. Il faut également que les partenaires désirent vouloir travailler ensemble.

Le concours et la semaine de la Fierté des Ours prennent de plus en plus d’importance, est-ce que ça devient plus facile de trouver des sponsors ou au contraire, il y a toujours cette crainte de l’affichage ?
C’est toujours compliqué. Les sponsors ou les partenaires pour les cadeaux ne veulent pas toujours être mis en avant. Pas par homophobie ou autre, mais plus pour l’image communautaire que ça pourrait éventuellement donner.

Depuis le début de cette entrevue nous parlons des Ours de Paris, mais qu’est-ce donc, une association ? un comité ? une bande d’amis ?
Ce n’est pas une association ouverte. Nous sommes un petit groupe. Chacun vient avec une envie de faire quelque chose. Il faut savoir ce que tu veux y faire. Nous ne sommes pas fermés. Certains viennent avec une idée et s’émancipent dans l’association. Il faut savoir que chez les Ours de Paris, on parle Ours, on mange Ours, on dort Ours. Ça prend beaucoup de temps toute l’année.

Merci à toi pour le temps accordé et une fois n’est pas coutume nous te laissons le mot de la fin.
Si je devais faire passer un message, il faudrait vraiment arrêter de se trouver moche. Barbu, pas barbu, Ours, pas Ours. Une fois, je tractais pour l’élection et un gars me disait « non, je ne suis pas un Ours », comme-ci c’était un défaut de l’être ou de ne pas l’être. Je trouvais ça dommage cette réaction. La grossophobie existe hélas toujours. Gros est péjoratif « grosse truie ou gros con par exemple ». Il faut accepter son corps. Je me souviens de cette scène, un homme se mettait pour la première fois torse nu. Il avait honte de son corps. Je lui ai dit que tout le monde aurait aimé avoir son corps. Tu es super joli. Il était ni musclé ni mince certes mais il était joli.

*Boutade de la rédaction.

Crédit image : La Fierté des Ours / Les Ours de Paris.

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