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Le 1er décembre, c’est tous les jours, la lutte contre le VIH-Sida et la sérophobie.


01 décembre 2019 - lemarquis


C’était lui.
Une belle âme, un bel homme.
J’ai eu l’honneur de vivre avec lui des instants de liesse ou de douceur. De vivre avec lui l’amour ou le doute, parfois même la peine. Voir réellement l’effroi.
Nous sommes le 1er décembre et personne ne devrait avoir froid.
Personne ne devrait pouvoir ne pas se dépister pour savoir s’il est ou non atteint du VIH.
JE sais que mourir d’amour est romantique.
Je crois qu’il vaut mieux vivre et aimer.

Merci au Les Actupiennes pour leur action salvatrice. Même si malgré eux, ils sont obligés de se mettre hors la loi.

Paris rend hommage à Cleews Velay, militant et présidentE d’Act Up-Paris,
mort du sida. Mémoire vive.
Discours de Gwen François.

“Cleews m’a dit quelques fois qu’il n’était pas pressé de finir en patchwork, qu’il comparait à des nappes de table ou à des dessus-de-lit. Voilà, j’avais un mari, aujourd’hui j’ai un dessus-de-lit. » Ainsi parlait Philippe Labbey lorsqu’il déploya le patchwork dédié à Cleews.

Aujourd’hui nous avons des plaques…

La voie des commémorations est trop étroite pour qu’elles ne se résument pas à une forme d’enterrement. Et en la matière, nous sommes quelques-un.e.s à en avoir l’expérience. Je vois d’ailleurs ici, d’aucuns qui ont porté sur leurs épaules, littéralement, leur peur de lâcher Cleews aux portes du cimetière, qui ont pleuré dans leurs sifflets, et d’autres qui n’avaient même plus de larmes, tandis que hurlaient les cornes de brume.

Qui était Cleews Vellay ?, puisque telle est aussi fonction de ces rassemblements. Un mari donc, un amour, un amant, un ami, un compagnon de tranchées, un combattant du sida. Mais aucune catégorie, ni 3 minutes et 2 plaques ne suffiront pas, aussi bien pour dire ce qu’il fut, ce qu’il fit, que la cruauté de son absence et le manque de sa ressource.

Cleews irradiait, éclaboussait, garçon timide et folle clinquante, d’un instinct et d’une lucidité synthétique décapante, qui débarrassait l’essentiel de ses scories, mais pas de l’intime, ni de ses singularités et de ses joies. Cleews était une rage et un rire, et qui l’a connu en est encore accompagné. Il était un acharné politique de la vie.

Mais Cleews n’était pas un héros. D’ailleurs, qu’aurions nous fait d’un héros ? Ceux dont c’était la quête ne restaient pas à Act Up-Paris.

Cleews a construit Act Up-Paris autant qu’Act Up-Paris l’a construit. Act Up-Paris était un commando avancé et Cleews Vellay un activiste politique. De la communauté des sans-paroles, des exclus, des anonymes, des sacrifiés et de ceux qui n’ont pas droit de cité.

Apprenti pâtissier, employé de chenil, intermittent de la précarité, enfant de la banlieue et des quartiers populaires, pédé et séropo, responsable de l’action publique, fondateur de la Commission prison, membre de la commission tox, du combat contre l’expulsion des étrangers, il dénonça les défauts de prise en charge des femmes dans l’épidémie, insista pour que le 1er décembre passe par la rue Saint Denis parce que les travailleuses du sexe étaient de notre famille.

Il était sur tous les fronts de ce qui faisait le jeu de l’épidémie et nous tuait.

Ces plaques qui sont inaugurées aujourd’hui doivent être aussi celles de Philippe, de Marc, de Nathalie, Bernard, Hervé, Ludo, des pédés, des femmes oubliées, des prisonniers, des étrangers avec ou sans papiers, des trans, des enfants de l’immigration, des hémophiles, des usagers de drogues, des orphelins des quartiers populaires et banlieues de Paris, Nice, Marseille, tous ces décimés non seulement par une épidémie mais par des politiques. Nous aurions pu être 35 000 de plus, 10 000 rien qu’à Paris!

La Maire nous dira ces temps différents et sa prise de conscience. Et oui, nos combats, heureusement ont produit des effets, y compris sur les politiques, y compris dans ce 10e arrondissement dont on peut saluer les efforts dans la réduction des risques.

Mais les principes de Denvers : « Rien pour nous, sans nous ! », ne doivent pas seulement être proclamés, célébrés, ils doivent vivre. Et la Mairie de Paris ne les applique pas quand elle refuse aux concernées rassemblées d’être les opérateurs centraux de leur mémoire, ou revient sur ses engagements au fil des démissions de ses adjoints. Elle ne les applique pas si elle s’autosatisfait d’un centre LGBT asphyxié et qui n’est pas plus grand que celui dont est parti l’enterrement de Cleews en 1994, et dont la moitié n’est accessible qu’aux valides. Quand l’Académie gay & lesbienne qui conserve le fonds qui porte le nom de Cleews ne dispose pas – ne parlons même pas d’un local – mais d’un scanner pour mettre en ligne les documents qui la submergent. Quand la municipalité n’abroge pas des arrêtés municipaux qui conduisent les travailleuses du sexe à s’enfoncer toujours plus dans des taillis de nos bois périphériques où elles se font assassiner dans l’indifférence. Quand nombre de ses élus font la promotion de la loi de pénalisation quand il faudrait en dénoncer le fait qu’elle aggrave vulnérabilités, contaminations et violences. Quand la Mairie n’outrepasse pas ses prérogatives pour mettre à l’abri les migrants, ne les aide pas à s’auto-organiser et à faire entendre leurs voix et préfère déléguer aux plus pauvres l’organisation de la solidarité quand elle n’y fait pas obstacle à coups de grilles et de pierres.

Cleews, vivant, m’a tendu le témoin, m’a intimé d’être porte-parole à ses côtés, parce que l’urgence et la nécessité faisaient loi.

Mort il m’oblige encore.

Mort du sida, mais aussi de ces politiques qui tuent encore aujourd’hui.

Je ne peux que m’interroger, Cleews, même recevant son AAH de son vivant et non des semaines après sa mort, aurait-il pu payer un loyer et résider dans cette ville qui prétend l’honorer ?

Alors oui, il n’est que justice que la figure de Cleews sorte de l’oubli et de l’effacement, dont nous avons part aussi de nos silences douloureux, et qu’il prenne sa place dans l’histoire de cette ville. Mais ceci ne saurait se faire au profit d’une politique superficielle de marketing touristique ou électoral.

L’exemple même de l’organisation de cette cérémonie qui s’est construite dans un bricolage de concertation montre que la prise de conscience dont on nous parle est encore bien balbutiante.

Puisque la Mairie a invité aujourd’hui ici l’activisme passé, nous, activistes du passé l’invitons à écouter le présent. Le Conseil National du sida le rappelait il y a quelques jours : en France, en 2016, près de 30 % des découvertes de séropositivité, l’étaient à un stade avancé ; 24 000 personnes infectées ignoraient l’être. Sur ce total, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes étaient plus de 9 000. L’Île-de-France continue de concentrer plus de 40 % de l’ensemble des personnes non diagnostiquées. Et les amorces de résultats encourageants ne peuvent cacher le fait que les associations manquent de moyens pour recueillir les savoirs du passé avant qu’ils ne disparaissent de nos mémoires vives, mais aussi pour lutter aujourd’hui.

Les militants sont précarisés, les plus vulnérables demeurent stigmatisés et renvoyés aux périphéries de la ville comme des regards alors que repose toujours sur eux, leur engagement, l’essentiel des mobilisations contre les relégations sociales et économiques qui font l’épidémie et que nous savons que la diversification des dispositifs de dépistage comme de prévention et d’accès aux soins doivent continuer à se développer à partir des besoins des personnes.

Nous ne voulons plus déposer de gerbes de fleurs au bois de Boulogne.

Nous ne voulons plus inaugurer de plaques, surtout pas mortuaires.

Nous voulons vivre.

Action = Vie.”

Gwen Fauchois, ancienne vice-présidente d’Act Up

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