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Le devoir de mémoire. Lorsqu’un lycéen se transforme en passeur de témoignage sur la Shoah. “Une vie nous sépare”….


06 mars 2020 - lemarquis


En voyage scolaire à Auschwitz, en 2018, le lycéen @baptiste_antignani ne ressent rien. À son retour, il souhaite comprendre pourquoi et rencontre Denise Holstein, rescapée du camp. Cette rencontre a bouleversé sa vie, il nous raconte. Le documentaire a été diffusé ce 4 mars sur Canal+ Family.

Une rencontre émouvante sur Canal+ Family, mercredi soir. La chaîne du bouquet Canal+ diffuse le documentaire Une vie nous sépare. Il retrace la rencontre entre un lycéen, Baptiste Antignani, 18 ans, et Denise Holstein, 92 ans, une rescapée des camps de la mort durant la Seconde guerre mondiale. Tous deux ont fréquenté le même lycée, à Rouen. En février 2018, le jeune adolescent part en voyage scolaire à Auschwitz pour faire un travail de mémoire sur la vie de Denise, seule rescapée de la ville.

Qui est Denise Holstein ?

Denise Holstein est née le 6 février 1927 à Rouen dans une famille juive aisée. Son père, Bernard Holstein, né à Kaunas dans l’Empire russe (aujourd’hui Lituanie) le 20 août 1890, est dentiste. Il a combattu pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Sa mère, Juliette Cohen, est née le 16 octobre 1902 à Paris. En 1939, son père est mobilisé comme lieutenant à l’hôpital de Rouen.
 
En 1940, la mère de Denise s’engage auprès de son mari comme ambulancière. Elle suit l’armée française dans son repli. Denise et son frère Jean (né en 1924) fuient devant l’avance allemande avec leur grand-mère maternelle et leur arrière grand-mère. L’exode les mène jusqu’à Vierzon. Finalement toute la famille se retrouve à Avignon puis revient à Rouen où son père à le droit de continuer à travailler. C’est le seul dentiste juif de la rive droite de Rouen à recevoir ce droit.
 
Le père de Denise est arrêté une première fois lors de la rafle du 6 mai 1942, interné au camp de Drancy et libéré trois mois plus tard. Le frère de Denise est envoyé en zone libre et caché. Il rejoindra le maquis.
 
Denise et ses parents sont arrêtés chez eux au soir du 15 janvier 1943 lors de la grande rafle de tous les Juifs de Rouen et de la Seine-Inférieure. Ce jour là, deux cent vingt adultes et enfants du département sont arrêtés sur ordre du préfet André Parmentier qui n’a même pas demandé l’autorisation de ses supérieurs de l’État français en zone occupée. Transférés à Drancy, ils seront déportés à Auschwitz ou à Sobibor.
 
Denise, malade, est hospitalisée pour diphtérie et oreillons. Ses parents sont déportés, par le Convoi No. 62, en date du 20 novembre 1943, de Drancy à Auchwitz1. Elle ne les reverra jamais. Orpheline, elle peut alors bénéficier de l’aide de l’UGIF et ne retourne pas au camp de Drancy. Elle est d’abord hébergée au foyer Guy Patin qui recueille les enfants dont les parents ont été déportés tout en fréquentant le lycée Lamartine, puis au centre de la rue Lamarck. Elle est ensuite hébergée à la maison d’enfants de Louveciennes dans l’ouest parisien. Denise a alors 17 ans et devient monitrice d’un groupe d’enfants dont les parents ont été déportés2.
Arrestation et déportation
 
En juillet 1944, Aloïs Brunner décide de rafler tous les occupants des maisons d’enfants. Denise continue de s’occuper de ses petits protégés à Drancy. Elle espère que les alliés arriveront à Paris avant le départ en déportation. Mais le 31 juillet 1944, elle est déportée à Auschwitz3 avec les 34 enfants du foyer de Louveciennes: « Mille trois cents personnes dans des conditions incroyables, entassées avec quelques matelas, des seaux, à peine de quoi boire alors qu’il fait vraiment très chaud et qu’il n’y a que de très petites ouvertures pour laisser passer un peu d’air. » Elle essaie de soutenir les enfants en les faisant chanter et en les consolant.
 
Arrivée à Auschwitz, un déporté la sauve en lui enjoignant de ne pas prendre d’enfant avec elle. Les 34 enfants de Louveciennes sont directement envoyés à la chambre à gaz. Denise Holstein se souvient d’une rumeur qui circulait dans le camp et qui racontait que les nazis faisaient du savon avec la graisse des cadavres (rumeur fausse).
 
Denise est « sélectionnée » pour le travail forcé dans le camp.4 Après quinze jours de quarantaine, elle est tatouée. Elle raconte que lorsqu’une déportée se plaignait, les « pollacks » qui tatouaient enfonçaient les aiguilles encore plus profondément. Elle est affectée à des travaux épuisants, comme le transport de blocs de pierre. Elle est levée à trois heures du matin avec une sorte de café comme petit déjeuner. L’appel dure ensuite jusqu’à huit heures, à genoux, sans bouger. En cet été 1944, il n’y a pas assez de travail pour toutes les détenues dans le camp. Elle ne travaille donc pas tous les jours.
 
Denise Holstein attrape la scarlatine et se retrouve au Revier. C’est là qu’elle croise le docteur Mengele. Elle n’en a alors jamais entendu parler et se demande pourquoi l’annonce de son arrivée sème ainsi la terreur dans toute l’infirmerie. « D’une voix au timbre impérieux il lut une liste de noms dans laquelle j’étais, et nous fit descendre du lit, retirer nos chemises de nuit et en face de chaque nom il faisait un petit signe que nous ne pouvions pas comprendre : lesquelles de nous seraient-elles choisies, peut-être même toutes, mais il n’y avait rien à espérer. Les malheureuses sanglotaient tenant leurs enfants dans les bras serrés contre elles, d’autres devenaient complètement folles et s’arrachaient les cheveux…. c’est le soir que la Schreiberin entra dans la pièce et lut une longue liste sur laquelle mon nom ne figurait pas mais celui de toutes les femmes maigres, de celles qui avaient des enfants et de toutes celles qui avaient le typhus. C’est alors que je compris qu’elles allaient être conduites à la chambre à gaz et ensuite brûlées. Les hommes que nous avions vus dans le camp avaient donc dit la vérité en nous parlant du four crématoire. Jusqu’à ce jour je n’avais rien cru de tout cela et je compris enfin que toutes les personnes qui n’étaient pas rentrées dans le camp avec nous avaient subi ce sort affreux. »
 
Lorsqu’elle ressort du Revier au bout de sept semaines, le froid s’est abattu sur le camp transformé en vaste bourbier. Mais dit-elle, à cette époque le camp regorgeait de ravitaillement et elle peut reprendre des forces. Elle change plusieurs fois de block.
 
À la fin de l’année 1944, elle est transférée à Bergen-Belsen, puis elle est libérée en avril 19455, dans un état de grand délabrement physique.
 
« Je suis revenue maintenant mais ces visions d’horreur, je crois, ne pourront plus jamais me quitter, et d’ailleurs je ne veux pas oublier, les Français oublient eux beaucoup trop vite et surtout ceux qui n’ont pas souffert c’est-à-dire ceux qui ne sont pas passés entre les mains des Allemands. »

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