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Séropositif depuis 6 ans, il gagne doucement son combat.


01 décembre 2018 - David Chevalier


Des bas mais également des hauts dans sa lutte quotidienne contre le VIH / Sida, Alexandre nous livre son témoignage.

Très régulièrement, sur actu.inverti.fr nous recueillerons des témoignages de personnes vivant avec le VIH. Ceci afin de soutenir le combat contre la sérophobie mais également pour sensibiliser les jeunes comme les moins jeunes aux risques de transmission du VIH.

Pour ce premier témoignage, nous retrouvons Alexandre en banlieue en Île-de-France, loin très loin de l’hyper centre parisien. Alexandre vit et travaille dans la grande banlieue voire dans la campagne francilienne. Son prénom et sa vie professionnelle resteront secrets car la stigmatisation est toujours hélas très présente dans la société française.

Alexandre est né il y a 36 ans à la Réunion, son île natale. Il est arrivé en métropole il y a une dizaine d’années suite à un concours d’État qu’il a eu.

Bonjour Alexandre et merci pour ce témoignage. Nous allons essayer de raconter ton histoire ainsi que ton combat contre la maladie. D’ailleurs, est-ce que tu te souviens du début du combat ?
Je m’en souviens très bien même si ça fait environ 6 ans que je suis séropositif. Je l’ai découvert après une visite chez le médecin. J’avais un problème au niveau des parties intimes. Pour être précis, j’avais des points blancs sur le gland. C’était un dimanche de mémoire, en fin d’année. Je me suis levé, j’étais en panique. Donc rendez-vous chez le médecin de garde à la Réunion puis prise de sang chez un laboratoire le lendemain.

Les premiers résultats arrivent je suppose, pas très bons.
Ils m’ont appelé pour me dire qu’il y avait un problème dans mes résultats. Une fois sur place, ils m’ont dit que le test du VIH-1 était positif mais qu’il fallait que j’en fasse un deuxième car je pouvais être un faux positif.

Tu as dû donc faire un deuxième test et j’image que l’attente a été longue.
Là j’ai commencé à paniquer. C’était la période de Noël. J’ai attendu en faisant un peu abstraction. J’ai cette facilité à ne pas me poser beaucoup de questions quand je n’ai pas les réponses. Puis ils m’ont appelé le 2 janvier en me disant que les résultats n’étaient pas bons. Il était 8h30. Ils ont continué en me disant qu’ils avaient pris un rendez-vous à l’hôpital pour 10h. Je devais emmener ma mère et mon frère au marché. J’ai annulé et je suis parti direct. Une fois arrivé, le médecin a essayé de me rassurer, que ce n’était pas la fin du monde.

Ça rassure ce genre de propos, on y croit ?
Pas du tout mais je les vois mal dire autre chose. Clairement pour moi, je suis mort ce jour là. Après ça il n’y avait plus rien.

Mais tu as réussi à quitter le cabinet et l’hôpital en rentrant chez toi, vivant.
Honnêtement, je ne sais pas comment. La voiture connaissait la route. Quand je suis rentré, mon père attendait à la maison. Je lui ai dit.

Quelle a été sa réaction ? Tu lui as dit ?
Sa réponse a été simple. « Okay maintenant tu te soignes et puis c’est tout ».

C’est un peu dure comme réponse. Il est toujours comme cela ?
Il est plutôt oui brut de décoffrage dans la vie.

Donc pour lui c’était : ce n’est rien de grave ou tant pis pour toi ?
Je ne sais pas. Nous n’en avons jamais reparlé.  Moi je l’ai pris en « tant pis pour toi tu l’as bien cherché » mais je ne sais pas.  Ensuite ma mère est revenue m’a demandé ce qu’il s’était passé. Et voilà, il ne s’est rien passé de particulier depuis. Moi même je ne savais pas quoi dire ni quoi faire.

Le lendemain comment ça se passe ?
Nous n’en avons plus reparlé.

Mais toi dans la tête, est-ce que tu commences à comprendre ce qu’il se passe ?
Je ne pourrais pas te dire, ça reste flou. Mon cerveau s’est mis en mode stop. Je rentrais à Paris deux jours après. Il fallait donc attendre mon retour pour commencer la prise en charge. Tout ce que je sais, c’est que j’avais été contaminé il y avait moins d’un moi. Et vu ma vie sexuelle je sais avec qui, le lieu et comment ça c’est passé.

On en veut à la personne ?
Non, je m’en suis voulu à moi car je ne me suis pas protégé.

Lui non plus ?
Oui mais j’aurais pu lui demander aussi.

C’était ton copain ou un plan cul avec un inconnu ou quelqu’un que tu connaissais ?
C’était un plan cul que je connais, du moins que je connaissais.

Tu ne lui as pas dit ? Tu ne l’as jamais revu pour en parler ?
Jamais.

Pourquoi ? Car peut-être qu’il a vécu la même chose que toi aux mêmes moments ? Ça aurait pu t’aider ?
Non pas pour moi. Ce n’était pas possible. Peut être qu’un jour je pourrais mais là non.

Encore aujourd’hui tu ne peux pas ?
Non. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans vie. Ce n’est pas que je lui en veuille mais je ne peux pas le voir. Je ne sais pas trop dire ce que je ressens pour lui. Tout ce que je sais c’est que je ne peux pas le voir. C’est compliqué.

Tu te sens comme une victime ? Victime de la maladie ? De la pas de chance ?
Victime de quoi ? C’est moi qui est pris les risques. Je savais ce que je faisais. Je ne me suis pas dit « pourquoi moi ? ». C’est arrivé de ma faute, voilà.

Tu rentres à Paris et tu entames la prise en charge.
Non pas tout de suite. Je reprends le boulot. Je pars en formation dans le fin fond de l’Essonne. Il a fallu jongler entre le boulot et les rendez-vous à l’hôpital. Ça a mis du temps car je ne voulais pas l’admettre.

C’est à dire ?
Qu’il fallait que je me soigne. Que tout ceci était vrai. Et que me soigner devait devenir une priorité. Hélas, à ce moment, ma carrière était plus importante. C’était peut-être un échappatoire oui et non. Je pensais toujours à cette maladie, h24. Tout ceci, je l’ai un peu fait traîner. Ça pris du temps.

Tu étais donc en Île-de-France, loin de ta famille et de tes proches pour affronter tout ceci ?
Oui, je l’ai vécu seul. Je n’avais rien dit à personne, même à mes amis. Entre mon boulot et ça que je devais régler. De toute façon, je n’avais du temps pour voir personne, amis ou rencontre.

Tu as attendu combien de temps pour en parler ?
Cinq ou six mois. Je l’ai dit à mon meilleur ami qui m’a engueulé car je ne lui avais pas dit plus tôt.

Tu as eu peur du jugement de ton ami ?
Non car il m’a un peu forcé la main. On s’appelle souvent et durant un appel, il a forcé les choses. Je lui ai dit. On s’est vu peu de temps après et il m’a de nouveau engueulé car pour lui, je ne devais pas vivre ça tout seul. Mais j’étais dans ma bulle. Le temps s’était pour moi un peu arrêté.

Le temps passe, tu commences le traitement.
Oui, ça commence. Ça ne soulage en rien. Je dois prendre un médicament tous les jours. J’avais 30 ans, j’étais encore jeune (sourire). Je ne suis jamais tombé malade. Ça a été un début très compliqué.

Qu’est ce qui est compliqué ? De voir ces cachets tous les jours et de les prendre à heure fixe ? Ou c’est la maladie ?
Le rapport au quotidien m’a fait peur. Comment continuer à rencontrer des gens.

Tu ne te voyais pas mentir à la personne que tu rencontrais ?
Non.

Malgré ton traitement et les préservatifs, pour toi ce n’était pas possible ?
Non pas possible.

Comment se passe donc la première rencontre ? Sur les sites et applications je suppose ? Tu le signalais dans ton profil ?
Oui c’était grâce au site de rencontre et non je ne mettais pas dans mon profil que j’étais séropositif. Je le disais pendant la conversion avant de se voir autour d’un verre ou après par texto. Il n’y a eu aucun échange sexuel avant que je ne l’annonce. J’ai pu voir des fois, devant moi, des personnes qui changeaient de couleur ou qui faisaient trois pas en arrière.

C’est dur !
Oui mais bon, c’est ma vie. Je rentrais chez moi en pleurant et je passais toute la nuit à pleurer. Puis le lendemain, on oublie, on rediscute et on essaie de rencontrer à nouveau, car tu n’as pas le choix. Car c’est soit ça, soit tu te fous en l’air. Encore aujourd’hui je suis très vite bloqué. Mais bon, je suis obligé de l’accepter. Je n’ai pas le choix.

Tu as contacté des associations pour t’aider ?
Non, à ce moment là non. Je l’ai fait bien plus tard. Mais durant cette première année, j’ai un peu fait abstraction. J’allais au boulot, prenais les médocs, allais au boulot. Quelques années plus tard, je suis allé dans l’association des Séropotes. Ils sont très biens, je le conseille mais ce n’était pas pour moi. C’est très parisien, ce n’était pas pour moi. J’ai suis allé voir par la suite une antenne locale d’Aides. Je tenais la permanence téléphonique, ça m’a aidé.

Aider les autres t’a aidé également ?
Oui se dire que nous ne sommes pas seuls. J’en parlais, j’écoutais les autres.

Tu y étais allé pour ça ? aider les autres ?
Non du tout. J’étais allé pour parler à la base. Je parlais avec quelqu’un de l’association sur les sites de rencontres. Il m’a invité à passer une fois et voilà, j’ai trouvé ça sympa. Je me suis dit que c’était peut être une solution. C’est plus facile d’écouter que de parler. Je voyais des situations beaucoup plus compliquées que la mienne donc j’ai relativisé.

Tu continues à t’investir chez Aides ?
Non. La section locale a fermé donc j’ai arrêté. C’était trop compliqué pour moi de faire ça sur Paris tout en habitant la grande banlieue. Mais j’aurais continué sinon.

Tu conseilles donc aux personnes séropositives ou nouvellement séropositives à se tourner vers les associations ? si ça marche pas, il faut continuer et en trouver une qui t’aide ?
Oui, il y en a plusieurs, si ça ne marche pas, il faut ré-essayer avec une autre. Ça dépend de chacun mais faut se tourner vers d’autres personnes pour t’aider à avancer.

Niveau cœur maintenant ?
C’est toujours compliqué. Quand la situation devient de plus en plus sérieuse, je fuis car j’ai peur. Peur de contaminé la personne.

Malgré les campagnes I=I – Indétectable = Intransmissible.
Oui. Parce que j’ai toujours ce doute et je ne veux pas faire ça aux personnes que j’aime.

Tu as déjà eu des relations sexuelles sans préservatif  depuis que tu es séropositif ?
Oui, j’ai déjà fait et toujours regretté. J’ai toujours peur que ça parte en couille, qu’il y ait un problème.

Malgré tout le suivi ?
Oui, encore aujourd’hui.

Est-ce qu’on se dit que c’est peut être plus facile de se mettre avec quelqu’un ou avoir une relation sexuelle avec une personne séropositive également ?
Non je n’ai jamais cherché à avoir exclusivement une relation avec une personne comme moi. Je m’en fiche en faite. Je prends ce qu’il vient (rire). Non je prends les choses comme elles viennent. Aujourd’hui je suis en couple avec une personne qui n’est pas séropositive. C’est compliqué par moment.

Pourquoi ?
Tu ne fais pas ça comme tu veux. Encore aujourd’hui, si je n’ai pas de capote, je ne fais pas, pas avec mon mec que ce soit en étant actif ou passif.

Aujourd’hui, niveau santé, avec le traitement, tout va bien ?
Hélas non. J’ai une autre pathologie, un autre problème de santé hors MST. Et c’est vrai que ça complique un peu la chose. Il n’y a pas d’incompatibilité. Mais ça fait beaucoup de médicaments à prendre. Un moment j’ai craqué, j’ai tout arrêté.

Longtemps ?
Six mois. Je n’en pouvais plus. Par chance, je n’ai pas eu de complications. Mais il fallu tout reprendre à zéro.

Comment as-tu eu la force de reprendre le traitement ? de refaire les démarches ?
Les amis et la famille. À force de parler avec eux. Si je n’étais pas capable de m’aimer tel que je le suis, personne ne pourra le faire. Donc voilà.

Ça va mieux  maintenant ?
Oui, depuis un an environ maintenant je vis. Avant je survivais. Je me suis rendu compte que ma famille à la Réunion m’aimait malgré tout et qu’ils attendaient mon retour définitif avec impatience. Le boulot me l’empêche pour le moment mais oui j’y pense. Quand ton filleule de sept ans te dit parrain tu me manques, c’est fort, ça me touche. Donc on trouve la force de vivre mais c’est compliqué. On peut vite repartir dans la survie.

Merci beaucoup à toi Alexandre pour ce témoignage.
Merci à vous en espérant que mon bref récit puisse aider d’autres personnes à se sentir moins seul dans cette situation.

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