Alors qu’il fêtait ses 20 ans, Têtu a été placé en liquidation judiciaire ce jeudi 23 juillet 2015.

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Pour lire le communiqué de presse de Têtu, cliquez sur l’image.

Le seul magazine LGBT va devoir s’absenter des kiosques. En effet, aucun repreneur sérieux ne s’est présenté pour reprendre le magazine. Le tribunal de commerce de Paris a prononcé, jeudi 23 juillet, sa liquidation judiciaire.

Comment en est-on arrivé là ?

Didier Lestrade, l’un des co-fondateur de Têtu a accordé une interview au journal Le Point où il refait l’historique de Têtu. Et il n’y va pas dans la dentelle en critiquant ouvertement la rédaction actuelle comme seule responsable de ce déclin.

Le gros problème de Têtu c’est qu’il est détesté par tout le monde, comme le journal de style de vie et de crème solaires (…) Ils [les journalistes de la rédaction de têtu, ndlr] ont trop peur de la polémique. Pourquoi ? Parce qu’ils sont devenus mous du cul.

Pour lui, Têtu et Yagg aurait oublié la revendication et se seraient concentrés sur des articles trop consensuels. En plus, pour Têtu, le magazine aurait totalement raté le virage du numérique.

Et les lecteurs ils en pensent quoi ?

Trop parigo-parisien, trop chic, trop porno… trop loin de notre mode de vie.

Voilà les commentaires que vous pouvez lire sur la page de Têtu vis à vis de leur placement en liquidation judiciaire. Plusieurs lecteurs critiquent le magazine et son orientation parisienne hors de prix.

Une page sortie-culture trop parisienne, des chemises à 1 000 €.

Pour les lecteurs, Têtu ne représentait plus la communauté gay mais une unique minorité parisienne.

Un magazine d’intérêt général.

Têtu a permis à plusieurs homosexuels de s’assumer, de s’accepter, de s’ouvrir à un monde qu’ils ne connaissaient pas. Car quand nous sommes loin de Paris, dans les campagnes isolées, la culture gay n’y est pas forcément très présente, et les lieux gays encore moins.

Et Têtu a réussi ce pari audacieux de réunir les gays même ceux qui étaient isolés. Les reportages, les témoignages sur les coming-out ont permis de ne pas se sentir seul face à cette difficulté, aux heures où Internet n’était qu’un mot perdu dans les revues scientifiques.

Mais Têtu est tombé dans le luxe et la luxure parisienne. Et c’est un piège qui est tendu à tous les médias LGBT, comme le notre, basé en île de France. Pas de chance pour le magazine, il est né dedans. Détenu par des millionnaires, le magazine se lance dans une ligne élitiste.

Têtu n’a pas vu la concurrence arriver avec Internet. Yagg, né de journaliste de Têtu fût son plus grand rival et associé puis de nouveau rival. Plusieurs sites d’actualité LGBT ont vu le jour. A cela ajoutons les sites communautaires traitant également de l’actualité.

Ajoutons en plus tous les sites et les chaînes d’information en continue relayant la moindre information homosexuelle. L’actualité LGBT n’est plus réservée aux seuls médias LGBT.

Têtu : le magazine de combat devenu trop consensuel.

C’est un mot qui revient souvent  : Têtu est trop consensuel. Aucune “Une” révoltée sur la Manif pour Tous, ou sur Sens Commun. Pas de combat acharné pour la PMA ou la GPA. Pas de lutte contre les discriminations professionnels. Pas de reportages récurrents dans les cités ni même dans les campagnes. Pas de mot non plus à l’égard du FN.

Pas de zoom sur le quotidien des homosexuels, bisexuels et transsexuels en France, que ce soit en ville ou à la campagne.

Têtu avait les moyens logistiques et financiers pour mener de beaux combats, pourtant, le site a préféré glisser vers le charme du luxe et du porno sur papier glacé.

Nous avons tous un goût un peu amer de ce qui arrive à Têtu car c’est un magazine qui passionne. Tout le monde a un avis sur Têtu, soit en bien, ou soit en mal voire les deux en même temps. Et le voir dans une telle position, ne peut réjouir personne.

Espérons que Têtu ne vit qu’une parenthèse de son histoire et qu’il sera vite de retour parmi nous !

Têtu à la rentrée ?

Rien n’est écarté. N’oublions pas que Têtu n’est pas uniquement un magazine mais également une plateforme internet d’actualité qui est appréciée par les internautes. Il y a également l’application So Têtu : application de rencontres mais également agenda des sorties dans toutes la France.

Un repreneur pourrait se satisfaire dans une premier temps de ces deux services, avant peut être, une nouvelle publication de Têtu en version papier.

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