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Le bonheur s’en est allé…


29 mars 2019 - lemarquis


Agnès Varda nous a quitté.

La femme pionnière du cinéma français s’est éteinte à 90 ans. Française, mais belge en réalité. Icône de la Nouvelle Vague et épouse de Jacques Demy, elle laisse un héritage immense tant par ses fictions que ses documentaires.

Née Arlette, parce qu’elle a été conçue en Arles, Agnès Varda grandit rue de l’Aurore, à Bruxelles, avec son père grec, sa mère et ses quatre frères et soeurs. Elle quitte en 1940 la Belgique bombardée pour rejoindre Sète, où elle passe son adolescence, avant de monter à la capitale. Elève de Bachelard à la Sorbonne, étudiante à l’Ecole du Louvre, elle obtient un CAP de photographie, sa première passion.

En 1949, Agnès Varda rejoint en Avignon le Jean Vilar qui créa deux ans plus tôt le célèbre Festival de théâtre. Se faisant connaître grâce à ses clichés de Gérard Phillipe ou Maria Casarès, elle choisit deux acteurs du TNP, Silvia Monfort et Philippe Noiret pour son premier long métrage, “La Pointe Courte”. Ce coup d’essai, qui mêle avec peu de moyens chronique réaliste et étude psychologique, annonce, en 1954, les audaces de la Nouvelle vague. Le succès public suivra en 1961 avec Cléo de 5 à 7, promenade dans Paris en compagnie d’une chanteuse qui attend des résultats médicaux, tandis que Le bonheur décrochera le Delluc en 1965.

Dès ses débuts, Varda passe du court au long métrage, du documentaire à la fiction, signant un film de commande sur les châteaux de la Loire en 1957 puis un récit onirique avec Catherine Deneuve. En 1967, elle accompagne aux USA son mari, Jacques Demy, qu’elle rencontra au Festival de Tours en 1958. Tombée amoureuse de Los Angeles, où elle fréquente Andy Warhol et Jim Morrison, elle y tournera notamment une fiction hippie  et un docu sur les peintures murales. Elle peut aussi partir à la rencontre de ses voisins de quartier  s’inspirer d’une photo  ou prendre pour modèle Jane Birkin , à l’occasion d’un de ces films-gigognes dont elle a le secret Jane B. par Agnès V.

La Féministe et la “montreuse” de vies.

Adepte du coq-à-l’âne, du collage et du calembour, Agnès Varda sait aussi se faire le témoin de son époque, évoquant les luttes féministes u la condition de ceux qu’on ne nomme pas encore SDF. Au terme d’un tournage éprouvant pour Sandrine Bonnaire, le film remporte le Lion d’or à Venise et un beau succès en salles en 1985. Plus tard, avec Les Glaneurs et la Glaneuse, la cinéaste pointera, à sa manière, les excès de la société de consommation.

Avec son talent de conteuse, son insatiable curiosité et son éternelle coupe au bol, Varda a su se faire, au fil des ans, une place à part dans le cinéma français, au point de se voir confier le redoutable honneur de tourner le film-hommage au 7e art centenaire (Les Cent et une nuits). Sur un mode plus intime, elle consacre 3 films précis et précieux (dont Jacquot de Nantes en 1991) au défunt Jacques Demy. Auréolée d’un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2001, elle s’essaie ensuite à l’art contemporain à travers expositions et installations. Elle qui a passé sa vie à raconter la vie des autres réalise en 2008 un émouvant autoportrait, Les Plages d’Agnès, chaleureusement accueilli à Venise.

 

Et dire qu’aujourd’hui encore, seuls 20% des films ne sont réalisés par des femmes ! Où est le problème ?

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