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Je suis pédiatre, gay…


23 février 2018 - lemarquis


 et parfois confronté à des parents homophobes.

Témoignage de Daniel SUMMERS, médecin pédiatre en Nouvelle-Angleterre, USA. (Traduit de l’américain par Adélaïde BLOT).

“Si affligeantes que puissent être les réactions de certains parents, je ne peux pas lutter contre si je ne les laisse pas les avoir”.

Lorsque j’ai décroché mon premier emploi après avoir obtenu mon diplôme de pédiatre, j’ai arrêté de porter des boucles d’oreilles. À la fin de l’adolescence, je me suis fait un piercing, puis un autre à l’oreille gauche. J’ai porté des boucles d’oreilles tout le long de mes études de médecine sans que ça ne semble gêner personne et j’ai fait tous mes stages à New York, où je pense que les gens remarquaient à peine ce genre de détails et s’en moquaient pas mal.

Après mes études, j’ai été embauché dans un cabinet d’une petite ville du Maine et je me suis douté que les parents risqueraient bien plus de remarquer que le médecin de leur enfant portait des boucles d’oreilles et y verraient quelque chose à redire. Je ne me trompais pas.

Comme je l’avais toujours fait pendant mes études de médecine, je parlais ouvertement de mon homosexualité à mes collègues du Maine. Pourtant, quand je me présentais aux parents de mes patients, je n’abordais jamais cette partie de mon intimité. Je voulais que ce ne soit pas un sujet. Je ne me rappelle pas avoir été la cible d’une homophobie affirmée et si des parents ont été dérangés par l’idée que leur enfant soit suivi par un pédiatre gay, je n’en ai jamais été informé. (Le père qui est arrivé à l’hôpital où je m’occupais de son enfant avec un T-shirt disant «Des seins et de la bière, Dieu merci je ne suis pas gay» a été la seule exception.)

La crainte «d’avoir l’air gay».

Récemment, j’ai pris contact avec d’autres membres du personnel soignant LGBTQ pour connaître leurs expériences. Tous m’ont dit adopter la même attitude que moi. Si en général, ils ne parlent pas de leur homosexualité avec des patients hétéros ou cisgenres, ils sont plus à même de s’ouvrir sur le sujet avec leurs patients appartenant à des minorités de genre ou sexuelles. Mais dans l’ensemble, c’est un non-sujet.

Il y a plusieurs années, il y a eu de gros changements dans ma vie. J’ai intégré un nouveau cabinet dans les quartiers nord de Boston et mon mari et moi avons adopté notre premier enfant. Même si j’avais peu de garanties quant à la possibilité de voir mon homosexualité acceptée par les parents de mon nouveau périmètre, j’ai moins craint de subir les potentiels préjugés à l’égard des personnes LGBTQ. Et puisque lors de mes consultations, les discussions portent sur beaucoup d’aspects de l’éducation des enfants qui ne sont pas strictement «médicales», j’ai de plus en plus parlé de mes propres expériences, frustrations et convictions en tant que parent.

«Je me souviens de la première fois que j’ai utilisé le mot “mari” pour évoquer la personne avec laquelle j’élève mes enfants […] J’avais alors eu l’impression de sauter dans le vide.»

Je me souviens de la première fois que j’ai utilisé le mot «mari» pour évoquer la personne avec laquelle j’élève mes enfants, et je n’oublierai jamais que j’avais alors eu l’impression de sauter dans le vide. Mais chaque fois que je parlais de ma famille, cette appréhension diminuait peu à peu. Je ne peux pas dire que je n’hésite plus du tout, mais c’est vraiment mineur.

De même, je m’inquiète moins de savoir si j’ai l’air gay. Je suis moins attentif à mes gestes et aux inflexions de ma voix, même si je suis sans doute le seul à percevoir ce changement. Apparemment, je continue à moduler ma voix au téléphone: au cabinet, j’ai récemment pris un appel d’un écrivain qui se trouve être gay lui aussi et qui a éclaté de rire quand il a entendu le saut d’octave qu’a fait ma voix lorsque j’ai su que c’était lui au bout du fil. Donc je pense que je continue encore un peu à permuter les codes.

Tout cela continuerait à relever du domaine du non-sujet, où j’aimerais que cela reste, si je n’avais pas eu certaines interactions avec des parents.

Comment gérer les parents homophobes de mes patients ?

Il m’est arrivé que des parents se confient à moi à propos de la possibilité que leurs enfants deviennent LGBTQ. Alors que je les écoutais, j’ai pris conscience du fait qu’ils ne me parleraient sans doute pas si ouvertement s’ils savaient qu’ils s’adressaient à un homme gay. Une fois, un parent m’a fait part de sa consternation face à l’attitude tolérante adoptée par l’établissement scolaire de son enfant vis-à-vis des jeunes non hétérosexuels, qui pourrait l’inciter à s’identifier ainsi également. Une autre fois, un parent m’a raconté que son enfant jouait de façon non genrée et m’a dit que cela le rendrait très triste (et son conjoint encore plus) si c’était là un signe que l’enfant deviendrait gay ou trans en grandissant. Ce qui me touche dans ces interactions, ce n’est pas ce qu’elles révèlent du comportement de la population à l’égard des gays comme moi, même si c’est toujours démoralisant de voir que le chemin est encore long vers l’égalité pour les LGBTQ, y compris dans les coins les plus progressistes des États-Unis. Non, ce qui est important pour moi, en tant que médecin, c’est d’œuvrer au nom de mes patients. Si affligeantes que puissent être les réactions de certains parents, je ne peux pas lutter contre si je ne les laisse pas les avoir. En me présentant comme un interlocuteur neutre à l’écoute de leurs inquiétudes, je peux dissuader les parents d’essayer de changer leurs enfants LGBTQ, leur présenter des preuves de la douleur qu’ils leur infligent en niant qui ils sont, et devenir une référence pour toute la famille au fil du temps.

Source : Slate.fr

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