Je ne connais pas ce pays. Je n’ai pas embrassé ou foulé son sol. Pourtant, en 2011, j’ai rencontré un homme, une culture, une patrie. Vasyl était son prénom.

La naissance de la complicité.

À l’époque, j’étais décorateur, pas version Damido, mais juste plus mince. Et avec Vasyl qui était entrepreneur tous travaux, la complicité, la fraternité sont passées de suite. Il avait fui l’Ukraine comme artiste de cirque avec son épouse pour être artiste de cirque libre.
C’était une tête brûlée, mais un homme droit, rieur, taquin et plus que bon vivant.
Il a vite compris qu’à vingt ans sans passeport français, il n’irait pas loin. Il s’est engagé dans la légion étrangère. Cinq ans à servir notre nation parfois dans de très mauvaises conditions. Qu’importe, il a assumé parfois à coup de vodka.
Sa nationalité française, il l’a chèrement payée. Qu’importe.
Depuis onze ans, comme deux anciens combattants, deux compagnons, nous parlions de tout, de nos familles, de nos projets et opinions, même si nous n’étions pas d’accord sur tout.
Cela fait huit ans qu’il tremblait pour l’Ukraine. Sa mère vivait dans le Dombass, sa sœur et ses neveux à Kiev.
Sa maman a refusé de quitter sa maison.

Nous avions tant de projets.

Nous avons fait de belles réalisations ensemble, vraiment !
Pour 2023, nous devions réhabiliter un château non classé ( ouf ! ) pour le transformer en hôtel de standing pour les JO et le PSG… TOUT était engagé.

Sa maman est morte dans sa maison au troisième jour de l’invasion russe, non par des nazis, mais, par une bombe russe qui a fait exploser la dite maison.

Vasyl, lui, est parti la veille pour défendre la démocratie. Nous nous sommes quittés en riant, les larmes aux yeux, pudiquement avec un salut militaire. Il s’était tondu les cheveux. Cela m’a ramené à 1994 et nous sommes en 2022.

Le royaume d’Ukraine est antérieur au Moscovo ou à beaucoup de régions de Russie. C’est même ce royaume qui a participé à l’enrichissement culturel et démographique de la Russie.

Le projet de complexe hôtelier se fera sans nous.
Vasyl est tombé arme à la main sous les balles russes. Kaddish.

La haine, le mépris, la détestation d’autrui ne sont pas viables. Nous en avons une nouvelle fois la preuve.
Même dans nos propos, sauf face à l’enfer, nous devons respecter l’Autre.

« О Хранителю Ізраїлю, який не спить і не дрімає, ми люди твоїх пасовищ і ягня, що їсть з твоєї руки. Захисти нас своєю любов’ю. І якщо в нашій скорботі, нашій самотності і нашій хвилині спустошення ми збиємося з дороги, не покинь нас, Охороню, але поверни нас до віри. »

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