2020 : Ce Noël différent. Passé, présent et à venir.

C’est l’anniversaire de Jésus. La foi , finalement, en l’Espérance ?
Enfant, je l’avoue, j’étais jaloux de mes petits camarades car à Noël, j’avais systématiquement des cadeaux ”utiles”, jamais ludiques ou récréatifs.

De beaux vêtements, des livres, des ”bons pour des visites culturelles ” plus âgé . Sauf chez mon pépé et ma mémère qui eux s’en foutaient pas mal que ce soit l’anniversaire de Jésus et non le mien. Bon, ok, ils se plantaient toujours, mais au moins, leurs cadeaux étaient ludiques.

Oui, je n’ai JAMAIS cru au père noël

Sans doute était ce mon tort ?😨
Ben, chez moi c’était comme cela.  Noël était l’anniversaire de Jésus.
Nous ne manquions pas d’être choyés, mais vraiment pas de crouler sous une tonne de cadeaux ludiques. Un cadeau par enfant et certainement pas ludique sauf chez pépé et mémère.

Je me souviens comme si c’était hier de ce Noël avec mon pépé. C’était en 1977. C’était également son dernier à mon pépé.
Chez eux, il n’y avait pas de crèche, ni de sapin. Quelques branches de houx, une ou deux branches de sapin au milieu de la table de la salle, mais guère plus.
Et ce Noël là je l’attendais avec une folle impatience. Ils m’avaient demandé ce que je souhaitais pour Noël ! Je leurs avais donc commandés ”ma” panoplie de shérif, Marshall, je ne sais plus, mais, je voulais ressembler au petit compagnon de la série Rintintin avec des pistolets pour faire ”pan pan”.
En guise de quoi, le 25 au matin, je suis allé avec hâte découvrir mes cadeaux chez mon pépé et ma mémère. Je ne courrais pas, je volais ! J’allais pouvoir faire ”pan pan” dans mon costume de shérif ou je ne sais quoi dans mon imaginaire d’enfant.

Je sourie sur le Polaroid.

Pourtant, je vous promets que j’avais le coeur gros comme une patate trop chaude dans la bouche.

En cadeaux, j’avais reçu une panoplie d’indien d’Amérique et des outils de jardinage adaptés à mon âge. J’avais 6 ans. Et en complément puisque mes parents m’aaient offerts un mange disque orange, un 45T.
À cette époque, je n’ai réellement pas compris.
Mais j’ai souri pour la photo.

Par contre, la chanson ne m”a jamais quitté.

À cette époque, je n’ai réellement pas compris.
Mais j’ai quand même souri pour la photo.

Mon pépé il les a manié les armes. Il en a vu et subi des trucs trucs. Son fils, mon père, ne l’a connu qu’ à 7 ans. Alors, les ”pan pan” , il voulait me les transmettre autrement. Construire, enrichir, offrir.
La panoplie de Sioux était aussi, un autre symbole.
C’était celle comme ce pouf en marocain qui trône toujours dans ma chambre, celui du respect de la différence.
J’ai mis des années â comprendre son message.
Car mon pépé était un taiseux.
Car mon pépé était un super héros.
Il fût lui aussi un homme de l’ombre.
Ma mémère elle aussi en a bavé.

https://youtu.be/fX1lxv9LoYg

Ce super héros qu’était pépé.

C’était un homme ordinaire finalement mon pépé, faillible comme les autres. Il a même fait de la ”taule” durant son service militaire pour avoir été photographié en train de ronger un phémur de bœuf sur une carte photo pour dénoncer les conditions la vie des appelés du contingent en 1926… S’il avait su.
En 1939, il dût abandonner femme et enfants, dont mon père né en novembre précédent. Mon grand oncle Justin, lui aussi dû laisser sa femme et sa petite fille. Elle était âgée de sept mois de plus que mon père.
Justin fût tué de suite, dès le premier assaut des ”bochs” après cette”drôle de guerre”. Mon pépé eût plus de chance. Il fût fait prisonnier, tout simplement. Mais mon pépé, il a refusé de capituler. Marquis, Duc, Comte, Vicomte et Baron, patriote et républicain, il n’allait pas se laisser faire. La France est morte, vive la France !
Il fut déporté en Allemagne puis en Pologne. À force d’évasion et de rébellion, il a fini sa carrière militaire à Auschwitz Birkenau.  Il revint avec un poumon en moins et ses deux lobes d’oreilles tombés à cause du froid.

Et malgré tout à six ans, je ne comprenais pas pourquoi il ne voulait pas que je fasse ”pan pan”.

Il ne disait rien.

L’État français l’a déchu de sa nationalité pour haute trahison. Et sans le concours de ses parents, ma mèmère et ses deux enfants,dont mon père, maladif, seraient morts de faim.
Ce n’est qu’en 1946 qu’il retrouva l’ensemble de ses droits. Il refusa tout honneur sauf deux médailles. Celle des FFI et celle de l’aviation militaire. Le reste pour lui, n’était que décor.

Dans une belle lettre posthume, il a tout écrit à Germaine son épouse, ma mèmère. Tout duc qu’il était, c’était juste un homme humble. Conscient d’avoir mis en péril sa famille, il n’a souhaité que lui offrir un avenir meilleur.  Et pour que ses enfants ou petits enfants n’aient pas à prendre les armes.

Son monde s’est écroulé le jour où mon père est parti pour 28 mois en Algérie. Ma mèmère a glissé cette lettre en silence sur la table lorsque je lui ai appris fièrement, ses larmes coulant, que tout jeune lieutenant, je partais pour la Bosnie….

Noël est lumière.

Mon pépé n’est plus. Ma mèmère l’a rejoint presque trente ans après. A bientôt 50 ans, je m’aperçois que non, je n’ai rien oublié de ce que mon pépé m’a légué.

J’aime le silence, l’Autre en moi et la colère lorsqu’elle est nécessaire. Si vous saviez comme l’odeur de la terre ou de la pluie fraîchement déposée me sont nécessaires, c’est mon pépé !

Vînt vingt !

Et cette année pour Noël, je n’avais rien demandé. C’est pourquoi j’ai reçu des messages d’amour, un appel de mon jeune oncle qui après son AVC ne pouvait plus parler, de ses filles que je considère comme mes nièces, de mon gendre qui rend ma fille ainée heureuse… D’avoir offert à certaines personnes réconfort et consolation… Mais surtout, d’avoir offert à mes parents inclusifs et a ma grand mère de 99 ans dans une semaine, un doux Noel.

Je n’ai reçu en retour que des cadeaux utiles !

De l’amour, une édition rare de la Bible du XVIIIe siècle et des mercis ou des bisous. Je ne suis vraiment plus jaloux de mes copains d’école. Ah ! Et une cocotte en verre qui me manquait tant ! Utiles mais toujours futile… Je n’aurais de cesse que d’aimer. J’ai le même prénom que mon grand père, comme mon Père.

Soyons fiers de qui nous sommes et acceptons l’autre.

L’avenir se conjugue au temps présent.

Bon bout d’âne ! D’an !

 

 

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