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Lorsque Eric Zemour se transforme en critique historique… ou soutien du populisme.


12 septembre 2019 - lemarquis


Je devrais vous parler de bien de sujets… de politique toujours et encore. Des avancées qui sont en cours de vote sur la loi bioéthique. De l’acharnement qui est déclenché sur les réseaux sociaux par les LMPT, Agnès ou autres homophobes en tout genre. Je pourrais aussi vous parler inclusion, de toutes les inclusions. Même celles qui dérangent. Surtout d’ailleurs de celles là. Mais, non. J’ai éclaté de rire en lisant dans le Figaro un article signé Eric Zemour.

Eric Zemour, l’historien.

Si cet homme a une qualité et une seule, c’est que son écriture est fluide, lisible et soutenue. Parfois un peu trop sans doute pour son lectorat. Oui, le lectorat du Figaro n’a pas toujours la science infuse contrairement à lui. Car, il faut bien le reconnaître, il possède aussi une immense culture. Enfin, disons plus simplement qu’il cultive dans le même champs beaucoup d’arts afin de nourrir sa haine de l’Autre.

Eric Zemour, l’avocat.

Contrairement à lui, j’ose le citer. Mais, contrairement à lui, je ne vais pas opposer ma pensée à la sienne. Cela n’est pas utile. Il sait fort bien se décrédibiliser tout seul. Il suffit de lire sa diatribe. Il est certain que soutenir les populistes de France ou d’Europe est une de ses passions. Là, nous en avons la confirmation. Raciste, homophobe et haineux de tout ce qui peut être différent de lui, de tout ce qui peut contrarier sa pensée ou ses “souteneurs”. Que reproche-t-il finalement à Roman Krakovsky ? Simplement à l’historien qu’il est de faire un état des lieux du populisme en Europe de l’Est. Calque que nous pourrions sans nul doute en modifiant quelques termes apposer comme un gant pour expliquer la montée du populisme en Europe de l’Ouest ou à travers le monde. Les causes peuvent être diverses, mais le résultat est bien là. Le repli sur soi, la haine de l’autre augmente…

Si Roman Krakovsky en doutait…

Eric Zemour lui confirme que son livre amène à réfléchir, déranger. Que sans doute ses propos sont assez fins, précis et argumentés,documentés. Et le simple fait que d’être attaqué par ce sombre individu,qui comme chacun le sait est un historien du mensonge, procure à l’auteur du livre mieux qu’une légion d’honneur. Et par là même, une couverture médiatique inattendue. Moi, je dis bravo cher docteur en histoire ! Chapeau bas !

Le populisme en Europe centrale et orientale- Roman Krakovsky-Ed FAYARDhistoire.

Et puis, comme je ne suis pas égoiste, je vous laisse avec les propos de Zemour. Un vrai poème ou une ode au populisme, comme vous le voulez. Moi, j’ai adoré !

Le populisme, voilà l’ennemi ! Le combat est sans frontières et sans répit. Les élites occidentales lui ont déclaré une guerre inexpiable. Chacun a sa cible privilégiée, son mode opératoire: les médias insultent Trump et Poutine ; les parlementaires ligotent Salvini et Johnson; les universitaires délégitiment Orban. Ce n’est pas un
complot, mais une coalition. Un historien venu de sa Slovaquie natale, spécialiste de l’Europe centrale et orientale, maître de conférences à l’université de Genève, préfacé par un sociologue français, émule
de Bourdieu, publié par un éditeur parisien très bien-pensant, c’est la version rive gauche de « si tous les gars du monde voulaient se donner la main ». La thèse du livre est rebattue : le populisme fait le lit de la xénophobie, du racisme et des régi mes dictatoriaux; il est un nouvel avatar du combat réactionnaire contre le progressisme universaliste des Lumières; il n’est pas étonnant qu’il renaisse dans ces contrées d’Europe centrale et orientale qui n’ont jamais vraiment connu les délices de la démocratie libérale occidentale.
Pour bien montrer que ce populisme est le mal absolu, il s’agit de l’acoquiner avec tout ce que le XXe siècle a connu de barbaries totalitaires, fascisme, nazisme, et même communisme (ce qui est fort
pour une idéologie marxiste, universaliste, pur produit des Lumières occidentales, qui a justement éradiqué les mouvements populistes, les premiers narodniki russes et tous leurs imitateurs est-européens; mais à cœur vaillant, rien d’impossible!). Pour verrouiller intellectuellement l’opération, on utilise les travaux d’Ernesto Laclau, le penseur sud-américain concepteur du «populisme de gauche», qui explique qu’un peuple se construit en communauté politique en s’édifiant contre un ennemi désigné (élites, bourgeois, riches).
Mais ce constructivisme qui plaît tant à certaines élites de gauche s’autodétruit dès qu’il touche au réel, les «peuples» ayant le mauvais goût de lui préférer les réalités tangibles de l’ethnie, la religion, les mœurs, la culture, qui l’unifient en le distinguant de l’Autre qui refuse de les faire siennes. Depuis les dernières européennes, Jean-Luc Mélenchon comprend mieux ce que je veux dire.
C’est bien ce que reproche notre historien aux populismes de l’Est : hier comme aujourd’hui, ils accrochent la nation à une catégorie sociale particulière, paysans, ouvriers, chrétiens… Alors «l’universel disparaît de l’espace politique (…) l’identité est le socle de toute communauté politique», comme nous avait mis en garde sa statue du commandeur de préfacier.
Mais voilà, notre historien connaît son sujet; ce qui s’avère très gênant pour lui, sa thèse, et ses amis français. Ces pays sont devenus des nations souveraines fort tard, après la Première Guerre mondiale.
Elles ont émergé dans les ruines d’Empires multiculturels, austro-hongrois, tsariste, ou ottoman. Ces peuples savent que le «multiculturalisme» cache toujours l’hégémonie d’une ethnie et d’une culture: allemande, russe, ou islamique. Au sein des nouvelles nations nées en 1918, les « minorités nationales » rendaient impossible tout fonctionnement démocratique. La démocratie, c’est quand la minorité accepte sa défaite face à la majorité.
Ce n’est pas possible quand la minorité est étrangère au peuple majoritaire. Notre auteur le reconnaît: «Plus l’hétérogénéité ethnique et culturelle freine le développe ment des communautés politiques, voire les met en danger, plus il est complexe d’envisager le “peuple” au sens de “corps politique”».
Ces pays-là savent que le « multiculturalisme», c’est la guerre de
tous contre tous, comme dans les années 1930 et 1940. Il y a une
issue, une seule, mais elle est terrible: «Entre 1944 et 1948, près de 31 millions de centre-est-européens doivent quitter leur pays, souvent dans des conditions dramatiques, contre 15,4 millions dans les cinq premières années de la guerre. Les minorités qui constituaient avant le
conflit parfois jusqu’au tiers de la population sont réduites de façon drastique ». Notre historien donne loyalement les chiffres, mais n’ose pas en tirer les leçons qui s’imposent: ce n’est qu’à partir du moment où ces pays ont établi une unité culturelle, qu’ils ont conquis d’abord la
paix (en 1945) puis la liberté (en 1989). C’est parce qu’ils ont cette histoire parti culière que ces peuples de l’Est ont tout de suite réagi lors de la crise migratoire de 2015. Même notre historien est contraint de l’avouer mezza voce: «Le danger que représentent les minorités est ponctuellement fantasmé. Mais, dans la plupart des cas, les minorités mettent réellement en danger, parfois jusqu’à leur existence les
communautés et les États ».
Ce qui sauve les pays de l’Est, c’est justement ce que notre auteur et l’intelligentsia occidentale leur reprochent: ne pas avoir été contaminé par l’esprit universaliste et individualiste des Lumières. Cela leur permet de développer des anticorps contre l’individualisme libéral qui
désagrège les sociétés et l’islam qui envahit et conquiert ces terres désolées.
Notre historien est obligé de reconnaître que ces pays restent des démocraties ; mais en s’en prenant aux contre-pouvoirs que sont les médias et la justice, les régimes «illibéraux» attaquent selon lui le « cœur du système démocratique». Et d’ajouter, tel saint Jean bouche d’or : «Le contrôle des médias et de la justice assure à ce dernier (Orban) une position hégémonique dans l’espace public et lui permet d’imposer ses valeurs et sa façon de penser comme les seules légitimes. » C’est exactement ce que font les « progressistes » dans nos pays ! Ce qu’il dénonce dans les mesures prises par Orban ou les dirigeants polonais (taxe hongroise de 25 % sur les dons par ONG pro-migrations, fin du financement public des études de genre, etc.) peut, à l’inverse, constituer une marche à suivre pour tous ceux qui veulent lutter contre la dictature des minorités et reprendre ainsi en mains leur destin national. « Ce qui se passe aujourd’hui en Europe centrale et orientale pourrait apparaître comme une forme d’anticipation du destin européen », s’émeut notre historien. Ce n’est pas charitable de nous
bercer ainsi de faux espoirs…

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