inverti : toute l'actu gay (lgbt), geek, sport, culture…

La communauté gay qui casse les codes – Gay, Geek, Sport, LGBT… N'ayez plus honte d'être inverti !

La précarité pèse sur la conscience. Parole de réfugiée…


26 novembre 2018 - lemarquis


Je suis arrivée France en décembre 2016 pour un séjour touristique. Deux mois après mon arrivée, je suis tombée malade et après des examens à l’hôpital, j’ai appris ma séropositivité. Le ciel m’est tombé sur la tête !

Grâce au suivi thérapeutique, social et psychologique dont j’ai bénéficié, mon moral est remonté et je suis parvenu à dépasser les inconvénients de ma maladie pour voir aussi les intérêts. Dans mon pays, en Côte d’Ivoire, si on apprend ma séropositivité, je serais montré du doigt et rejeté par ma famille et mes amis. Je n’aurai plus aucun avenir alors que je suis jeune et en forme. En France, je peux faire une demande d’aide médicale d’état et bénéficier d’une bonne prise en charge. L’accueil que j’ai eu à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis a été exceptionnel ; je m’y sens comme en famille. Ça m’a donné le courage d’entamer des démarches administratives auprès de la préfecture. Après quelques mois de traitement mes CD4 sont bien remontés et ma charge virale est quasiment indétectable. Encore quelques mois et je prendrai un combo en un comprimé par jour.

Sur le plan social c’est plus difficile. A mon arrivée en France je séjournais dans ma famille et quand j’ai appris ma séropositivité, le parent qui m’hébergeait m’a jeté dehors. Je me suis retrouvé à la rue sans possibilité d’hébergement par le 115 qui est débordé. Aujourd’hui je partage une chambre en colocation, je n’ai pas de soutien financier et je n’ai pas le droit de travailler. Je me suis rapproché de Aides qui m’a beaucoup aidé pour m’orienter : comment faire les bonnes démarches administratives et comment m’intégrer.

Aujourd’hui j’ai accepté la maladie telle qu’elle est et surtout qu’elle soit ma compagne jusqu’à la fin de ma vie. C’est important d’en parler, même si le dire aux autres n’est pas une fatalité ce n’est pas non plus la fin du monde. Quand on est séropositif on se sent mieux que lorsqu’on ignore son statut sérologique. Aujourd’hui, et maintenant que je suis bien pris en charge, je vis ma vie comme je la vivais avant, je n’ai pas plus de contraintes, pas plus d’interdits. Je n’ai rien à me reprocher et j’avance comme tout un chacun. Quand je serai indétectable, je pourrai refaire ma vie, construire une famille et avoir des enfants. Et si j’obtiens mes papiers à la préfecture, alors là je pourrais TOUT ! Parce qu’aujourd’hui ce qui me donne le plus de soucis c’est de ne pas pouvoir travailler. C’est la précarité qui pèse sur la conscience : il faut travailler, bien manger et bien dormir pour pouvoir se soigner correctement.

J’ai envie d’appeler au Pays certaines amies avec qui j’ai eu des relations sexuelles pour qu’elles aillent faire un test de dépistage. Mais je ne sais pas comment m’y prendre. Chez nous les stigmates du VIH sont très forts et si j’en parle je crains de ne plus jamais pouvoir y retourner. J’espère que la médecine trouvera un jour le remède curatif qui sauvera toutes les vies.”

Propos recueillis par Sophie Fernandez

Donnez votre avis !

Lire les articles précédents :
Le bisou gay du dimanche : je te promets.

Le baiser gay de cette semaine nous vient des studios Optimale Comme chaque dimanche ou presque, voici donc le bisou...

Fermer