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Vivre avec le VIH : Milo refuse.


26 novembre 2018 - lemarquis


Milo a 22 ans.
Il vit dans la région de Lille.
Il a découvert sa séropositivité au VIH, il y a un an.

Il était 1 heure du matin le samedi 17 mai 2017. Je me rendais en boîte de nuit, quand j’ai vu que l’association AIDES faisait une intervention de prévention sur place. Je rencontre un volontaire en lui demandant si c’est possible de faire un test rapide de dépistage. Il me dit que oui et me propose de le suivre dans la camionnette où l’association fait ses dépistages. Dans ma tête, je suis sûr à 100 % de ne pas être infecté par le VIH. Après un court entretien, je fais le test puis je dois patienter pendant 15 minutes. Les minutes sont longues. Je fume dehors. Il me rappelle. Je remonte dans la camionnette et il me dit : “Si vous appreniez que vous êtes séropositif comment réagiriez-vous ?” Je lui réponds que j’irais dans la boîte et commanderais une grosse bouteille de vodka pour me torcher la gueule jusqu’à ne plus y penser. Il me dit : “Rassurez-moi… vous n’auriez pas des envies suicidaires ?” Je lui réponds que ce n’est pas dans mes projets.

Il m’annonce alors que le test est positif. Et là, je commence à le regarder du coin de l’œil en lui disant : “Non ! Ce n’est pas possible ! Votre test est faussé, faites-moi en un autre immédiatement. Il me répond que c’est possible de faire un test de confirmation, mais que ce sera à l’hôpital et que, si je le souhaite, je peux être accompagné. Le dimanche, je donne mon accord. Le lundi arrive j’ai rendez-vous à 9 heures. Une infirmière me pique le bras à 10 heures 30. A 14 heures 30 les résultats sortent et le médecin m’annonce que c’est bien positif. Je fonds en larmes… m’insultant moi-même, me disant que cela va gâcher ma vie.

Pendant six mois, j’ai souffert avec cinq comprimés par jour. Parfois, j’ai même dû arrêter le traitement tellement j’étais épuisé. Et puis dans ma tête, je me disais quand même de faire confiance à mon médecin qui me disait de ne pas les arrêter et que cela me permettrait d’avoir une charge virale indétectable. Le 19 janvier 2018, j’ai rendez-vous avec le médecin. Il m’annonce que ma charge virale est bien indétectable et me fait passer de cinq comprimés par jour à un seul et unique comprimé par jour.

Je ne partage pas du tout le sentiment que le VIH est une maladie chronique. Le 29 mai dernier, j’ai adressé un mail au ministère des Solidarités et de la Santé en expliquant que le VIH n’est pas une maladie, que je ne me sens pas malade. Mon courrier disait : “Je me présente. Je m’appelle Milo. Je suis volontaire à l’association AIDES. J’ai 22 ans et cela fait un an que je vis avec le VIH. Il y a quelque chose qui m’interpelle énormément dans la société concernant la santé publique… J’entends des gens dire que les personnes vivant avec le VIH sont des personnes “malades” (…) Je sais bien que nous ne pouvons pas guérir du VIH, mais des traitements existent et nous permettent d’avoir une charge virale Indétectable. J’aimerais savoir pourquoi l’idée de dire que les personnes vivant avec le VIH sont malades est si présente. La maladie c’est le sida. Je me bats tous les jours pour dire aux personnes qui me traitent de malade que je ne le suis pas ! Être séropositif, ce n’est pas être malade ! Dans l’attente d’une réponse de votre part”. Je n’ai toujours pas eu de réponse…

Aujourd’hui, bien qu’infecté par le VIH, je me sens moins souffrant qu’avant. J’ai repris une activité salariale et je vis pleinement et avec bonheur. Concernant ma vie sexuelle, elle a, hélas, bien changé. Je sens que je suis de plus en plus renfermé et je ne pratique que le chemsex en groupe et qu’avec des personnes séropositives. Pendant les six premiers mois de prise de traitement, j’étais en abstinence totale.

Le fait de vivre avec le VIH… franchement, cela me fait énormément chier. Il n’y a pas un jour où je ne me pose pas ces questions : “Mais pourquoi t’es séropo ?” ; “Pourquoi tu n’as pas fait attention ?” ; “Pourquoi as-tu ignoré l’existence de ce virus ?” ; “T’as 22 ans et tu n’as pas honte de l’avoir ?”. Aujourd’hui encore, je dors mal la nuit parce que ma vie a changé. Avant, j’avais un copain. On était fiancés depuis trois ans et on allait se marier. Je travaillais et je vivais heureux. J’ai tout perdu : mon fiancé, mon futur mariage, mon ancien travail et le bonheur que j’avais. J’essaie de me reconstruire et en me disant que le bonheur existe et même s’il faut quitter le pays je le ferai.

Maintenant, le fait d’être séropositif, je l’assume pleinement. Sur les applications de rencontres, je mets que je suis séropositif en charge virale indétectable. Un jour, un mec me contacte sur l’application Grindr en m’écrivant : “18 ans et déjà avec le sida ! Si ce n’est pas être une pute ça…” Je lui ai répondu que je n’ai pas 18 ans, mais 22 ans, que je n’ai pas le sida, mais le VIH et que je ne suis pas une pute. Que c’est lui l’ignorant. J’ai porté plainte contre X, mais pas de suite en vue. Le Tasp a changé beaucoup de choses pour moi. Avec mon nouveau traitement, je me sens moins fatigué qu’avant. Je reprends une vie normale. Je continuerai à prendre ce traitement même si des fois je me pose la question de savoir pourquoi je le prends.

Dans deux mois, je fête mes 23 ans et je souhaiterais oublier tout ça : que je vis avec le VIH, que je prends un traitement et imaginer que le virus n’est plus présent dans mon corps.

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